Sculptures, reliefs, assemblages, installations ? Post-cubisme, post-dadaïsme, post-constructivisme ou encore un minimalisme singulier ? Peu importe, car même épuisé par le grand barnum de la Biennale de Venise, il ne faut pas rater l’exposition de Louise Nevelson, née à Kiev en 1889 mais dont la famille s’installe aux Etats-Unis en 1905. Peu connue en Europe, en outre à cause des dimensions souvent monumentales de ses oeuvres, difficiles à transporter – mention spéciale à la galerie Kamel Mennour qui l’a présentée en 2021 –, elle est célèbre dans son pays d’adoption. La manifestation, très complète, se déploie dans un lieu récemment rénové, Procuratie Vecchie, situé sur la place Saint-Marc. Elle permet de suivre l’évolution de la carrière de Nevelson, y compris ses premiers travaux, des assemblages fixés sur des panneaux réalisés avec des objets trouvés, parfois des déchets (Sans titre, 1957) « Quand vous mettez des choses ensemble, des choses que d’autres personnes ont jetées, vous les ramenez vraiment à la vie – une vie spirituelle qui surpasse la vie pour laquelle elles furent initialement créées », déclare l’artiste (présentation par le musée) Sans doute on reconnaît dans ces œuvres l’influence de Kurt Schwitters – Nevelson séjourne à Munich et suit les cours de Hans Hofmann en 1931. Cependant, à la différence de l’artiste dadaïste et de son désordre spontané, les constructions de l’artiste américaine sont à la recherche d’un équilibre qu’elle atteindra par la suite avec ses « boîtes ». Ces travaux iconiques sont réalisés en bois - le grand-père de Nevelson était marchand de bois et son père travaillait dans une usine consacrée à ce même matériau. Ces sculptures-reliefs, des panneaux recouverts de peinture noire, sont faites de formes géométriques, rectangulaires ou arrondis, parfois fixes, parfois mobiles, qui s’emboîtent les uns dans les autres. Décentrées, ces structures ne sont pas sans rapport avec le allover pratiqué par les expressionnistes abstraits, mais dans une version tridimensionnelle. Chaque composant évoque un élément d’ameublement et l’alignement frontal transforme le tout en un mur imposant. Remarquons que déjà en 1932, Nevelson aide Diego Rivera à réaliser une œuvre murale pour la new Worker’s School. Une autre source d’inspiration vient probablement de ses visites de sites archéologiques et surtout des façades des édifices précolombiens au Mexique. Quoi qu’il en soit, ici, ces blocs infranchissables, ces autels laïques mystérieux, tiennent le spectateur à distance. (Sky Cathedral, 1970-1975). Si le noir reste dominant dans la production plastique de Nevelson, elle fait également appel au blanc et à l’or. Plus tard, l’utilisation du plexiglas lui permet d’introduire des effets de transparence. Entre sculptures et environnements – ses œuvres sont fréquemment installées dans des lieux publics – l’artiste occupe l’espace avec force et élégance. Le magnifique ensemble réuni par la Fondation Louise Nevelson est un hommage à l’occasion des quarante ans de sa participation à la Biennale de Venise dans le pavillon des Etats-Unis.

Itzhak Goldberg

Louise Nevelson, jusqu’au 11 septembre, Procuratie Vecchie, Venise.