L’euvre a été réalisée en 1914 à Vitebsk, la ville natale de Chagall. Elle a deux titres, Rabbin au citron ou Jour de Fête, les deux sont souvent accolés. Comme souvent, impossible de savoir qui est à l’origine de chacun de ces titres : l’artiste, le marchand, le collectionneur. J’aimerais proposer trois regards différents posé sur cette scène pour montrer que l’interprétation d’une œuvre d’art dépend de beaucoup des origines culturelles de chaque regardeur. Le premier sera quelqu’un qui n’a pas la culture juive, pour qui le fait qu’il s’agit d’un Rabin, au vu les habits portés par le personnage, est une évidence. Il sera part contre intrigué par le citron que porte le rabbin et par titre Jour de fête. Le second est celui d’un juif pour qui le personnage représenté peut être un Rabin comme tout simplement un fidèle qui va à la synagogue. Le titre, Jour de fête et le loulav, cette branche de palmier que porte la personne lui permettent de comprendre la nature de ce citron. En fait, il s’agit de la fête de soukot, la fête des cabanes, quand, selon la tradition, on apportait quatre fruits, les quatre espèces, arbaat haminim en hébreu, au temple. Un de ce fruits, le cédrat, étrog en hébreu, ressemble à se tromper au citron, faisant partie de la même famille fruitière. Cependant, aussi bien pour ce spectateur, comme pour l’autre, il reste l’énigme à résoudre, celle de ce petit personnage étrange, situé sur la tête du Rabin, en quelque sorte sa version miniaturisé. Pour proposer une interprétation, il nous faut un historien d’art, à savoir moi, qui connait l’œuvre de Chagall. L’artiste arrive à Vitebsk de Paris où – entre 1910 et 1914 - il s’est déjà fait un nom. Ses visions magiques d’un monde imaginaire, séduiront les artistes et le public. Il sera proche de Guillaume Apollinaire — qui utilisera à son sujet le terme de surnaturel. Bref, il est déjà lancé. Il arrive en Russie pour une visite familiale mais à cause de la guerre, il reste y reste pendant des années. La réalité tragique, la guerre, la situation des juifs, font qu’à la place de ses personnage volant, qui défient constamment les lois de la pesanteur, il peint des personnages qui font partie de sa communauté, de son entourage, voisins, famille.. Tous, ils ont les pieds bien posés par terre. Ce style réaliste s’explique probablement par une volonté de témoigner de la réalité qu’il découvre mais aussi, sans doute, par crainte que son style d’avant-garde parisien ne sera pas compris à Vitebsk. On pourra à la limite parler d’auto-censure Cependant, Chagall ne veut pas renoncer aux léçons de la modernité et peut-être ce personnage absurde est une manière d’introduire un accent surréaliste dans cette œuvre naturaliste, de rappeler aux autres, mais aussi à lui-même les acquis parisiens. Remarquons que le petit personnage tourne dans une direction opposée du personnage principale. Est-ce une manière de faire le grand écart entre Vitebsk et Paris ?
Chagall au musée juif
interprétation culturelle d'une œuvre
Exposition — Musée Juif