Tout ça pour ça ? On se souvient de la controverse déclenchée par la décision de remplacer les vitraux de Viollet-le-Duc, architecte de la grande restauration de Notre-Dame de Paris au XIXe siècle, par ceux d’un – ou d’une - artiste contemporain. Une pétition de défenseurs du patrimoine avait été lancée et un recours déposé devant la justice administrative. Face à l’œuvre finalement réalisée par Claire Tabouret, exposée au Grand Palais, parfaitement consensuelle, on en vient à penser que cette prétendue énième querelle des Anciens et des Modernes était franchement inutile. Non que les « cartons » — ces maquettes grandeur nature culminant à près de sept mètres et destinées à être transformées en vitraux — ne soient pas impressionnants. Réalisés en monotype, technique de prédilection de l’artiste, ils sont enrichis de pochoirs pour les rosaces et les motifs décoratifs. Installés ici dans une salle toute en longueur, les panneaux y sont présentés selon la configuration exacte des baies géminées de la cathédrale parisienne. Choisie par un comité de sélection piloté par Bernard Blistène, ancien directeur du Centre Pompidou — et accessoirement auteur du texte introduisant l’œuvre au Grand Palais —, Tabouret est omniprésente dans le paysage artistique français et international. Artiste appréciée de François Pinault, défendue par Perrotin — deux puissants vecteurs de notoriété —, elle est indiscutablement une bonne artiste. On connaît ses adolescentes, isolées ou en groupe, anonymes, enfermées ou égarées dans leur mutisme, comme retranchées dans un univers auquel nul n’est admis. Les figures monumentales — les apôtres, la Vierge — qui participent à la représentation des versets consacrés à la Pentecôte, thème imposé par l’archevêché de Paris, semblent contaminées par le même refus de l’expressivité. Malgré leurs couleurs chatoyantes, les œuvres ne dégagent pas le souffle promis par l’artiste. L’absence d’invention formelle évoque une version amplifiée de la peinture religieuse de Maurice Denis. Sans doute impressionnée par l’ampleur de la tâche, l’artiste a privilégié le beau au détriment du sublime. Pourtant, affirme-t-elle, « ce serait une catastrophe de congeler un monument dans son histoire ». Sans être congelée, l’œuvre demeure tiède.
Itzhak Goldberg