La banderole de bienvenue à l’entrée de la manifestation berlinoise, proclamant « We hope that this message will find you well », résonne avec une ironie mordante. On ignore dans quel état d’esprit le visiteur aborde cette exposition, mais une chose est sûre : son thème, « Fascisme Global », n’a rien d’apaisant. D’emblée, il faut saluer le courage de la HKW (Maison des cultures du monde) et du commissaire Cosmin Costinas, qui osent affronter un sujet aussi sensible – pour ne pas dire explosif – particulièrement en Allemagne. Est-ce pour atténuer ce risque que la présentation choisit de contourner l’histoire du fascisme et de ses origines au XXᵉ siècle ? Selon Costinas, il ne s’agit pas de dédouaner le peuple allemand, mais de « délocaliser » ce fléau afin d’en révéler la portée universelle. C’est dans cette perspective que Radu Jude et l’historien Adrian Cioflanca réalisent une vidéo à partir de photographies militaires et de sources écrites, retraçant le pogrom antisémite de Iași en Roumanie (1941). L’intérêt du parcours, éclectique voire surchargé, réside dans l’ambition d’offrir aux spectateurs un véritable tour du monde. Sans surprise, les pays où le pouvoir flirte avec la dictature bénéficient d’un traitement particulier. Hao Jingban, par exemple, filme les conditions de vie des travailleurs chinois dans une banlieue de Pékin (Slow Motion, 2018). Plus loin, Vikrant Bhise dénonce le nationalisme hindou (Sanitary Workers II, 2023). Ailleurs encore, Daniel Hernandez-Salazar évoque la violence de la guerre civile au Guatemala (The Traveler, 2013). L’exposition alterne artistes peu connus et figures établies – magnifiques toiles de Hannah Höch ou de Maria Lassnig. Mais cette richesse est aussi son défaut : l’ensemble vire au catalogue surchargé, tant les organisateurs traquent le fascisme partout. Pour compenser l’absence totale de cartels et de panneaux pédagogiques, le visiteur reçoit un petit livret. Est-ce vraiment la meilleure manière de comprendre les dangers du fascisme ? Itzhak Goldberg Global Fascisms, jusqu’au 7 décembre, HKW, Berlin.
Le fascisme et l’art à Berlin
fascisme global et art
Exposition — Global Fascisms, HKW Berlin ↗