Après les monochromes de Lucio Fontana, les vastes étendues bleues de Geneviève Asse (1923-2021). Décidément le Musée Soulages – devenu, toutes proportions gardées, le Guggenheim de Rodez – ne se limite pas à l’œuvre de son artiste emblématique. Sans être une rétrospective, l’exposition retrace le cheminement de Geneviève Asse entre figuration et abstraction. À ses débuts, les natures mortes – objets quotidiens posés sur une table ou dans un atelier – rappellent la peinture de Chardin, qu’elle a pu admirer au Louvre, ou encore celle de Morandi, qu’elle découvre des années plus tard. (L’Atelier, 1948) Peu à peu, ces objets perdent leur matérialité et se transforment en silhouettes. L’espace, lui, s’épure et s’ouvre, jouant sur la transparence entre intérieur et extérieur (Fenêtre blanche, 1968). Puis, toute référence directe au réel disparaît, laissant place à une couleur – grise ou bleue – qui envahit la surface. Pourtant, Asse refuse de parler de monochromes : à y regarder de près, ses toiles dévoilent une infinité de nuances. Plus encore, qu’elles soient horizontales ou verticales, elles sont souvent traversées par une fine incision blanche, semblable à un rayon de lumière. Un éclair, peut-être, comme dans les quatre magnifiques Stèles, (1995-1996) où une ligne fine, interrompue puis reprise, parcourt l’œuvre. On pense alors à Barnett Newman et à ses célèbres zips qui creusent et « déchirent » la toile. Mais, à la différence du geste puissant de ce pionnier de l’expressionnisme abstrait, c’est une extrême fragilité qui se dégage du trait de Geneviève Asse, cette caresse qui effleure la peinture. Le contraste est saisissant entre les oeuvres exposés ici, souvent monumentales, et les modestes carnets que l’on trouve sous vitrines. Ce jardin secret, écrit Malika Noui commissaire aux côtés Benoît Decron, directeur du musée, est « un espace d’expérimentations techniques et rythmiques où chaque page entraîne l’autre »,. Et, en passant, entraîne le spectateur.
Itzhak Goldberg