Jean-Pierre Schneider est loin d’être le premier d’entrer en piste. Dès la fin du XIXe siècle, le cirque devient pour les créateurs un laboratoire ludique, un terrain fertile d’expérimentations plastiques. Cet héritier du théâtre populaire et de la Commedia dell’arte, muet par définition, a fait le choix du langage du corps. Le chapiteau, cette structure circulaire, qui loge le spectacle, n’est pas simple architecture mais un monde dans lequel l’espace et le temps ont leur propre logique. Affranchis de la contrainte de devoir rester en équilibre et sur terre, les acrobates semblent évoluer en apesanteur, dans un univers où il n’y a ni haut ni bas. Cependant, on chercherait en vain ces saltimbanques de l’existence dans les toiles vides de toute présence humaine. Personne ne se balance sur ce trappez qui monte – ou qui descend. Personne n’avance avec une habileté étonnante sur un fil tendu qui va nulle part. De simples traits diagonales incisés dans la peinture, une ligne horizontale qui traverse la surface, tandis que la couleur, riche de nuances, fait vibrer la lumière. Alors Funambules ? Plutôt des souvenirs des mouvements esquissés par les acrobates, à l’instar chat de Chester dans Alice au pays des merveilles dont il ne reste qu’un sourire flottant. En autres termes, les funambules de Jean Pierre Schneider évoluent dans un ailleurs. Ou, peut-être, le silence, le temps suspendu, tout cela rappelle le moment précédant une représentation. Mais ici, la représentation n’aura pas lieu.