Gerhard Richter : le défi de l’éclectisme L’Atlas de la peinture

Formé dans les académies rigoureuses de l’Allemagne de l’Est, Gerhard Richter manie le pinceau avec une liberté souveraine. Jugeons plutôt : des toiles figuratives aux flous évoquant un appareil photographique mal réglé ; des monochromes, souvent gris ; des tableaux abstraits aux couleurs chatoyantes et mouvantes ; d’immenses nuanciers géométriques ; des clichés partiellement recouverts de frottages et de raclures mais aussi des miroirs et des panneaux de verre enchâssés dans des cadres métalliques mobiles… et la liste est loin d’être close. Cet éclectisme stylistique se prolonge dans la diversité thématique de l’artiste : portraits et natures mortes, vanités et scènes intimes, paysages et vues urbaines défilent sans hiérarchie, étalés dans le temps sans ordre apparent. Travaillant simultanément sur plusieurs séries ou revenant à des sujets déjà abordés, Richter défie sans cesse la chronologie. Tout au long du parcours, les commissaires alternent entre des salles dédiées à un style particulier et d’autres où le spectateur découvre un panorama de la palette richterienne. Leur tâche est facilitée par l’ampleur exceptionnelle de la manifestation à la Fondation, qui réunit plus d’une trentaine d’œuvres issues de sa propre collection. Cet accrochage d’ensemble permet de constater que, comme toute œuvre artistique, celle de Richter, malgré sa notoriété exceptionnelle, connaît des réussites et des faiblesses. À la différence de la partie figurative, toujours inventive, la section abstraite se révèle plus inégale. Certes, la série de six toiles — Cage (2006) — témoigne d’une grande retenue et d’une belle pureté. En revanche, les expérimentations relevant de la peinture gestuelle convainquent moins. Une œuvre comme Lilas (1983), traversée de diagonales aux couleurs tantôt chaudes, tantôt froides, parfois transparentes, s’inscrit dans un expressionnisme abstrait trop chargé, voire même un peu kitsch. Ailleurs, toutefois, la véritable révélation de l’exposition réside dans les dessins, d’une grande finesse, que l’artiste a réalisés tout au long de sa carrière.

Itzhak Goldberg