Georges Mathieu, Peintre de l’excès

Même aujourd’hui, à l’ère des vedettes de la pop et du cinéma suivies par d’innombrables fans sur les réseaux sociaux, on ne connaît guère d’artiste dont les œuvres auraient été vues par des centaines de millions de personnes. Et pourtant, il y a déjà plus de soixante ans, un peintre, Georges Mathieu (1921-2012), a accompli cet exploit. De fait, en 1975, il conçoit le nouveau logotype d’Antenne 2, mais surtout, il dessine en 1974 la pièce de dix francs, frappée à plus de 673 millions d’exemplaires. Le revers de la médaille, c’est que ce succès graphique a éclipsé le reste de son œuvre. Pourtant, Mathieu, maître dans l’art de la promotion mondaine, revendiquait aussi la paternité de plusieurs techniques et courants : le dripping, l’abstraction lyrique, le happening. Mais rien n’y fait : cette œuvre, extrêmement populaire dans les années soixante, a peu à peu perdu de sa superbe. Il est probable que la production picturale de Mathieu – comme celle de Vasarely – reste trop liée à une époque révolue, s’étant transformée en phénomène culturel, voire social. Le mérite de la rétrospective organisée en toute logique à la Monnaie de Paris, en collaboration avec le Centre Pompidou – la donation importante de la famille Mathieu en 2015 y étant sans doute pour beaucoup – est de révéler l’ampleur de cette œuvre. Face à ces immenses toiles, brossées avec une stupéfiante rapidité, à cette gestualité débridée, il est impossible de ne pas penser à Pollock. Faut-il pour autant reprocher à Mathieu de ne pas pratiquer le célèbre all over, ce mantra de l’expressionnisme abstrait américain ? Rien n’empêche qu’une composition centrée, d’où jaillissent des éclairs dans tous les sens, soit tout aussi convaincante. En revanche, les excès de l’artiste – couleurs criardes et contrastées, couches épaisses de matière – en font une peinture qui cherche trop l’effet spectaculaire flirtant parfois avec le kitsch. Ainsi, on peut préférer les quelques toiles où, sur un fond blanc, surgit un signe noir isolé. Parfois, le silence est d’or. P.S. La manifestation se prolonge dans les sous-sols de la Monnaie, avec des œuvres de graffeurs inspirés par les dessins de Mathieu. Itzhak Goldberg Georges Mathieu, jusqu’au 7 août, Monnaie de Paris, Paris.