Chorégraphie de boucles et entrecroisements Un geste en boucle L’artiste baptise ces constellations flottantes de géométrie irrégulière, qui se tiennent dans un équilibre précaire, reticuláreas », terme qu’elle utilise pour désigner différentes structures en forme de réseau (Reticulárea individual n° 2, 1969).
A partir d’une série de structures nodulaires, Jaccard dégage une écriture personnelle, un alphabet de signes secrets mais qui rappellent qu’à l’origine, les nœuds, ces ancêtres tridimensionnels des idéogrammes, étaient employés par certaines tribus pour exprimer visuellement une pensée plus ou moins rudimentaire. Cette écriture semble s’étendre à la fois horizontalement et verticalement, dans une sorte d’all-over à épaisseur variable. L’artiste décrit son travail comme un procédé organique qui s’accroît et se complexifie, qui échappe pratiquement à tout contrôle et prend des allures de dérèglement cancéreux. “Le premier lien est assez petit ; lié, surlié, puis il enfle. Suite de petits nœuds reliant les deux bouts, comme des verrues qui poussent et prolifèrent (maladie de la verrue structurée). Le nœud gonfle, s’allonge et s’enrobe”
. En d’autres termes, le style de Twombly échappe à la tradition occidentale qui a tracé une frontière nette entre l’écriture et l’image, entre le rationnel et le fabuleux, entre le nommable et l’indéfinissable. Chez lui, l’imbrication de l’iconique et de la linguistique fait souvent que la lettre renvoie à ses origines pictographiques et introduit les traces des impressions visuelles, recyclées par les souvenirs. Cette production plastique forme un langage constitué de signes plus ou moins opaques, qui résiste à la compréhension. Des signes ? Plutôt une fausse écriture ou des idéogrammes improvisés, qui séduisent sans se laisser déchiffrer, qui plongent le spectateur entre plaisir et frustration, face à un secret dont il ne capte que le murmure. Des signes qui s’élèvent ou s’étirent, ne nous informent de rien, sinon de leur existence, de leur délicatesse, de leur vulnérabilité. « C’est en somme une écriture dont il ne resterait que le penchement, la cursivité, cela tombe, cela pleut finement, cela se couche comme des herbes », remarque Roland Barthes au sujet