Manifestement, rien de mieux qu’un angle pour empêcher les choses de tourner en rond. C’est que depuis toujours, dans une volonté de garantir à leurs travaux une visibilité optimale, les artistes étaient attirés surtout par le centre, ce lieu de consécration symbolique. L’angle ou plutôt le coin, terme qui évoque une dimension spatiale paraissait inadéquat pour les besoins d’un accrochage ou de la présentation d’une œuvre. Cette situation immuable se transforme radicalement quand différentes avant-gardes commencent à interroger les rapports entre l’artefact et son cadre, le moment où “l’angle n’est plus un lieu de rejet de l’art mais un terrain d’élaboration dans lequel un volume est installé et pour lequel il est inventé” (Thierry Davila). De fait, ce fragment d’espace, discret, presque insignifiant, devient rapidement le centre de toute l’attention avec les constructivistes russes. Ainsi, en 1915, la Dernière exposition futuriste, O,10, réunit deux présentations devenues mythiques. D’une part, Malevitch place son icône suprématiste, Carré noir sur blanc, dans le coin supérieur de la salle, considéré dans la tradition orthodoxe comme “l’angle de beauté”. À l’opposé, le contre-relief de Tatline trace une diagonale dynamique entre deux murs à angle droit. Cependant, la manifestation de CAPC propose non pas un parcours historique mais des œuvres plus contemporaines. On y trouve logiquement un travail géométrique minimaliste (Robert Morris) mais aussi des angles plus “ organiques” (Robert Gober, Man Coming out of the Woman, 1993). Astucieuse, Peinture sans titre d’Art and Language (1965), en faisant dialoguer deux miroirs qui épousent un coin, ajoute un point d’ironie au propos bien pointu de l’exposition. Et abstraction ?

L’Angle, CAPC, 7 rue Ferrère, 33000 Bordeaux, tel : 05 56 00 81 50, jusqu’à septembre.