Pour la Fondation EDF, l’art du XXIe siècle, sera sobre ou ne sera pas

Le titre choc « Demain est annulé » est énigmatique. C’est seulement à la lecture du sous-titre – de l’art et des regards sur la sobriété - que l’on saisit mieux la visée de la manifestation organisée par la Fondation EDF. Les commissaires, Nathalie Bazoche, responsable du développement culturel de la Fondation, Dominique Bourg, philosophe et Patrice Chazottes, directeur de l’association Clermont-Ferrand, Massif Central, 2028, affirment : « alors que nous prenons conscience de la fragilité de notre planète…l’heure est aux questionnements individuels et collectifs pour trouver des solutions concrètes. Parmi elles, la sobriété ». Un terme un peu vaste, voire générique, mais qui permet aux artistes réunis ici d’exprimer leur inquiétude face au réchauffement climatique, à la pollution, à la consommation effrénée. Dès l’entrée, ces préoccupations s’annoncent clairement. L’œuvre de Neil Beloufa, Big cars, 2019, met en scène un embouteillage monstrueux, réalisé à l’aide de matériaux de récupération. Cet univers dominé par la « sainte bagnole » est totalement ignoré par les personnages qui occupent l’installation avoisinante de Bianca Argimon, Zen Garden (2022). Et pour cause, car, ayant littéralement la tête enfoncée dans le sable, ces cadres de la City en costume continuent à faire l’autruche face à la catastrophe écologique à venir. Ailleurs, c’est l’inégalité de l’accès aux soins médicaux selon les pays – rappelons-nous les difficultés pendant la Covid 19 –, qui est révélée par les photographies de Gabriele Galimberti (Home Pharma, 2016-2020). Ailleurs encore, Les Plantes vertes (Tender Trouble, 2023) de Chloé Bensahel, une tapisserie qui mêle fibres naturelles et fil électrique, montre la possibilité d’une cohabitation pacifique entre la technologie et la nature. La vingtaine d’œuvres déployées sur trois niveaux sont accompagnées par de nombreux panneaux explicatifs détaillés et des vidéos réalisées par des spécialistes. Vertueuse, politically correct, l’exposition, qui ne manque pas de poésie, reste un peu trop sage. Ou, peut-être, trop sobre.

Itzhak Goldberg