Max Beckmann, peintre et metteur en scène
Ce n’est pas le bout du monde. Sept fois par jour, l’Eurostar vous amène en à peine plus de deux heures et demie à Rotterdam et son architecture futuriste. Vous êtes presque arrivé, car La Haye et son Kunstmuseum, logé dans un magnifique bâtiment des années trente, ne sont pas loin. L’occasion du voyage est l’exposition de Max Beckmann, peintre allemand, l’un des artistes les plus importants de la première moitié du XXe siècle. Soyons honnête. Cette peinture, entre expressionnisme et Nouvelle Objectivité, un mouvement pictural important au lendemain de la Grande Guerre, n’est pas séduisante. Face à elle, on songe à Fernand Léger, dont l’art sobre et monumental partage avec Beckmann une puissance exceptionnelle. L’un comme l’autre, ne se séparent jamais totalement de la figuration et accordent une importance essentielle à la figure humaine. L’angle choisi par les commissaires, Thijs de Raedt, assisté par Daniel Koep, est celui de l’espace pictural chez Beckmann. De fait, sans que l’artiste, à la différence des cubistes, participe à l’avènement de la révolution spatiale, on constate chez lui un bouleversement dans le positionnement de ses personnages et dans leur cadre. En aplatissant la représentation de l’espace tout en gardant, même déformé, le volume des figures humaines, le peintre obtient une tension, qui caractérise son œuvre (voir l’inquiétante Rencontre nocturne, 1928). Sans doute, la partie la plus spectaculaire de la manifestation est l’ensemble des toiles qui traitent les acteurs et les gens du cirque, ce monde à part (magnifique Carnaval, 1920). Avec cet univers où le réel et l’imaginaire se côtoient, le peintre endosse le rôle du metteur en scène.
Itzhak Goldberg
Universum Max Beckman, jusqu’au 20 mai, Kunstmuseum Den Haag, La Haye, Pays-Bas