Si vous ne connaissez pas Hans Josephson (1920-2012), une chose est certaine : vous n’êtes pas Suisse. Dans ce pays, l’homme est l’un des artistes les plus connus. Il est également tenu en haute estime par ses confrères : Ugo Rondinone a inclus plusieurs de ses œuvres dans une exposition carte blanche qui lui a été confiée par le musée (2007), et c’est le peintre allemand Albert Oehlen qui – avec Jessica Castex – assure l’exposition en cours. Qui plus est, Josephson a droit à son propre musée – un bâtiment imposant érigé en pleine campagne dans un style brutaliste – où, plongées dans une lumière tamisée, ses sculptures-totems dégagent une puissance archaïque. Le catalogue met un accent particulier sur la biographie de l’artiste, qui fait partie de ceux que l’histoire tragique du XXᵉ siècle a forcés à quitter leur pays et à prendre la route. Juif, né en Allemagne, il se voit refuser l’accès à une école d’art en raison de ses origines. En 1938, grâce à une bourse artistique, il commence à Florence un apprentissage qui est abruptement interrompu par la promulgation des lois raciales en Italie. Josephson se réfugie alors en Suisse et s’installe définitivement à Zurich, où il fait la rencontre d’Otto Müller, un sculpteur qui lui ouvre les portes de son atelier.
Une production plastique commence alors, où, pour reprendre les mots de Paul Valéry sur la sculpture, « l’artiste apporte son corps ». En effet, l’œuvre de Josephson, bien que pas toujours figurative, reste néanmoins marquée par une forte dimension anthropomorphique. Le parcours du musée – dans une scénographie aérée réalisée par Cécile Degos – présente certaines pièces relativement classiques, telles que Sans titre, 1958, et d’autres où la matière débordante prend ses distances avec l’anatomie, comme Sans titre, 1975. La qualité principale de Josephson réside sans doute dans la dimension tactile de ses œuvres, souvent réalisées en plâtre, où l’on perçoit encore les empreintes laissées par les doigts de l’artiste. Ses personnages, debout ou allongés, toujours hiératiques des idoles païennes. Les sculptures les plus intéressantes sont probablement celles simplifiées à l’extrême, réduites à l’essentiel – telle la très géométrique Sans titre, 1959, dont la silhouette filiforme rappelle les œuvres de Giacometti. Les reliefs abstraits ou encore la série des totems, déjà mentionnée, semblent également receler un mystère, comme s’ils renfermaient un secret. Cependant, l’originalité de Josephson semble atteindre ses limites dans cette position intermédiaire, que l’on pourrait qualifier de classicisme moderne. On peut apprécier cette œuvre, celle d’un humaniste sincère, sans nécessairement recourir aux éloges itératifs du catalogue. Ainsi, lorsque Fabrice Hergott, directeur des lieux, compare Josephson à Maillol mais aussi à Richard Serra, ou que Danièle Cohn, en bonne philosophe, convoque Kant, Nietzsche ou Emmanuel Levinas pour appuyer son analyse, cela laisse, et c’est une litote, quelque peu perplexe.
Itzhak Goldberg