Le catalogue qui accompagne cette vaste exposition est, comme souvent, somptueux… et lourd. Il présente une qualité devenue rare : les œuvres reproduites suivent fidèlement le parcours proposé par la Fondation Vuitton, permettant ainsi aux visiteurs de revivre le « récit » de cette exposition. Les commissaires, Dieter Buchhart et Anna Karina Hofbauer, semblent être abonnés à la Fondation – on leur doit déjà les expositions de Jean-Michel Basquiat et d’Egon Schiele. Leurs essais, bien qu’efficaces pour introduire l’artiste au grand public, ne renouvellent pas vraiment la vision de l’œuvre de Wesselmann. Certains passages surprennent, notamment lorsque Buchhart affirme : « Comme le Dada, le Pop Art est un mouvement transgressif. » Transgressif, le Pop Art ? Ironique, peut-être, et encore… L’article de Brenda Schmahmann se révèle plus pertinent : il aborde le thème central chez Wesselmann, celui du nu féminin. Selon elle, l’artiste ne réduit pas la femme à un simple objet — une critique fréquemment adressée à son œuvre — mais la présente comme un sujet qui affirme son désir. Cependant, l’auteure oublie de mentionner que ces figures féminines ont l’apparence des pin-up stylisées, toujours isolées, perpétuant ainsi la tradition du corps offert au regard masculin. Il n’est sans doute pas anodin que Wesselmann s’inspire principalement des nus de Matisse, en particulier ceux de la période niçoise, connus sous le nom d’odalisques. À l’instar des autres figures majeures du Pop Art — tous masculins —, l’artiste américain n’échappe pas aux stéréotypes de son époque. Chez lui, le rapport à l’alimentaire et au sexuel apparaît comme deux aspects complémentaires de la consommation. — Itzhak Goldberg
La femme est le désir de l’homme
Nu féminin et désir dans l'œuvre de Tom Wesselmann
Exposition — Tom Wesselmann rétrospective, Fondation Vuitton ↗