Atelier Rouge, le tableau-énigme de Matisse,

À peine achevée la très spectaculaire exposition de Mark Rothko, l’œuvre phare du MOMA, L’Atelier Rouge (1911) de Matisse, fait son entrée triomphale à la Fondation Vuitton. La transition semble logique, puisque dès 1949, Rothko revenait régulièrement au musée new-yorkais pour admirer cette toile. Il est également à rappeler que cette œuvre a été commandée par Sergueï Chtchoukine, le célèbre mécène russe de Matisse, dont la collection a été présentée ici en 2016-2017. Exposée dans une vaste salle, cette toile est entourée d’une dizaine de travaux de Matisse, et pas n’importe lesquels : il s’agit de l’ensemble des œuvres figurant dans l’Atelier Rouge. L’atelier, ce lieu magique de la création, s’inscrit dans une longue tradition picturale. Dans le cas de Matisse, les traces savamment étudiées de son activité prennent le relais de la présence du peintre, constituant en quelque sorte une forme d’autobiographie artistique. Cependant, ce qui rend cette œuvre troublante, c’est également la partie qui ne se voit pas. En effet, sous la couche de rouge dit vénitien qui recouvre pratiquement toute la surface, se cache une autre couleur : le bleu. Mécontent de la première version, Matisse réalise cette modification chromatique à la hâte, déclarant : “Je ne sais pas pourquoi je l’ai peint exactement comme cela.” On peut supposer que le choix du rouge vif correspond à sa volonté de donner à la couleur toute son intensité expressive. Il n’en reste pas moins que cette toile, pendant longtemps ignorée, conserve son côté énigmatique.

Itzhak Goldberg