L’art italien entre l’avant-garde et le retour à l’ordre

Le Musée de Troyes, qui doit son importante et éclectique sélection d’art moderne à Pierre et Denise Lévy, collabore avec la collection du couple italien Sonia et Massimo Cirulli et propose un aperçu de la création artistique de la première partie du XXe siècle de ce pays. Le parcours débute avec les futuristes - Umberto Boccioni, Luigi Russolo, Gino Severini, Giacomo Balla, Carlo Carrà – réunis sous la houlette de Filippo Tommaso Marinetti, auteur du manifeste de ce mouvement (1909). Tous, ils exaltent les nouveaux mythes de la société contemporaine, la machine, la vitesse, le dynamisme. De leur côté, les architectes - Antonio Sant’Elia, Marchi Virgilio - tracent des schémas urbains visionnaires sans que ces plans audacieux soient jamais réalisés. Puis, comme un ultime feu d’artifice, c’est la seconde vague du futurisme, celui de l’Aeroppittura, un titre qui rend hommage au symbole le plus frappant de la modernité, l’aéroplane. Cependant, les années vingt vont être marquées par un retour à l’ordre, célébrant les valeurs de la tradition figurative, comprise à la fois comme leçon rigoureuse de forme et comme discipline morale. Cette “restauration”, dont les vertus sont parfois inspirées par le fascisme, est incarnée par deux rassemblements Novocento et Valori Plastici. Une période caractérisée par ses contradictions ? Il faut se méfier des interprétations simplistes et aux raccourcis commodes. Ainsi, déjà en 1915, Carra prend ses distances avec le mouvement futuriste et se consacre à un style pictural primitif, à tendance archaïque, nourri par des références antiquisantes.

Itzhak Goldberg