Nouer et croiser des fils selon des traditions transmises d’une génération à l’autre restent des gestes dénués de toute spontanéité artistique. Considéré comme activité artisanale, le tissage accède, dans le meilleur des cas, au rang des arts mineurs. Toutefois, avec l’art contemporain, tout se passe comme si les artistes cherchaient à s’approprier un savoir-faire pour mieux le trahir par la suite. Les composants inhabituels que les artistes emploient dans leurs travaux, les écarts successifs qui séparent le résultat final de nos habitudes visuelles, permettent à cette discipline une réflexion permanente sur les pratiques esthétiques récentes. Comme le remarque Pierrette Bloch “Cordages, ganses, ficelles, sont là pour leur fluidité, leur poids, leur souplesse ou leur fermeté, pour toutes les possibilités formelles qu’ils contiennent en puissance”, Une figure de style – le nœud - semble se détacher avec les œuvres de nombreux artistes qui pratiquent le tissage ou le tressage : Pierrette Bloch, Marinette Cueco, Claude Villat, Christian Jaccard, Vladimir Velicovic. Le noeud n’est pas une liaison comme une autre. Son origine latine, nodus, signifie en même temps liaison et difficulté. On suivra l’évolution de cet “entrecroisement qui retient étroitement deux brins, des fils, etc..” (Larousse), En dernière instance, avec les artistes comme Eva Hesse ou Pollock, ou les nœuds, irréguliers et inachevés, imbriqués et entrelacés les uns dans les autres, voir donner naissance à tissu des incertitudes qu’est le réseau.
L'art de faire le nœud
Le nœud dans le tissage et l'art contemporain