Ellsworth Kelly, maître de l’abstraction chromatique
Que la Fondation Vuitton rende hommage à Ellsworth Kelly (1923-2015), rien de moins étonnant. Ce dernier, en collaboration avec Frank Gehry, l’architecte du lieu, et Suzanne Pagé, sa directrice artistique, a créé sa dernière œuvre monumentale, intitulée Spectrum VIII, dans l’auditorium. Cette pièce se compose de cinq panneaux monochromes de tailles différentes ainsi que d’un rideau de scène constitué de douze panneaux déclinant une gamme de couleurs évoquant un arc-en-ciel. Pour l’artiste américain, il s’agissait quasiment d’un retour aux sources. Bien que sa formation ait débuté au Museum of Fine Arts de Boston, dès 1948 il s’installe à Paris et s’inscrit à l’École des Beaux-Arts. En plus des rencontres avec d’autres artistes tels qu’Alexander Calder ou Brancusi, c’est surtout l’œuvre de Monet et de Matisse, les deux maîtres de la couleur, qui va marquer Kelly. Initialement figuratif, il simplifie et épure les formes de différents objets quotidiens - fenêtres ou les panneaux routiers -.. Puis, de retour aux États-Unis, il pratique une abstraction radicale où les aplats monochromes, aux contours précis, seuls ou associés, forment des surfaces parfaitement contrôlées, à l’opposé de la spontanéité gestuelle de l’action painting. Pourtant, si cette méthode, appelée hard edge (arête dure), évite souvent la froideur minimaliste, c’est grâce à la vibration des teintes choisies par Kelly. La couleur jaune qui émane de White Curves, 1978, avec une intensité presque aveuglante, témoigne parfaitement de la sensibilité de l’artiste.
Itzhak Goldberg