Né en 1945, Anselm Kiefer a grandi au milieu des ravages de la guerre moderne, du démembrement de son pays et de sa lutte pour renaître de ses cendres. Obsédé par la mémoire du nazisme et de ses horreurs, il tente de l’exorciser à travers une peinture très matérielle, associant sable, fleurs séchées, paille, graines de tournesol, cendres, bâtons brûlés ou livres de bronze… Originaire de Donaueschingen, lieu imprégné du mythe germanique des Nibelungen, Kiefer ne cesse de tenter de comprendre l’indicible. Toujours présent sur la scène artistique en France, où il réside, Kiefer a inauguré le programme Monumenta au Grand Palais avec un hommage à Paul Celan en 2017, et c’est à lui que l’on doit l’installation au Panthéon lors de l’entrée de la dépouille de Maurice Genevoix en 2018. Georg Baselitz L’œuvre de Baselitz est caractérisée par une peinture violente qui rejette l’harmonie et l’équilibre au profit de l’asymétrie et de l’exagération, ainsi que par une sculpture en bois rudimentaire, taillée à la hache. En 1969, l’artiste a inventé un procédé stylistique qui est devenu sa signature : le motif inversé, qui remet en question la lecture traditionnelle de l’image. Néo-fauve et figure emblématique de la peinture de la nouvelle Allemagne réunifiée, Baselitz multiplie les expositions dans les musées internationaux. Une rétrospective de son œuvre sculpturale a eu lieu au musée d’Art moderne de la ville de Paris en 2013-14. En 2017, son “Ouvrier pensant” a été exposé aux côtés du Penseur de Rodin lors de l’exposition du centenaire Rodin au Grand Palais. Gerhard Richter Doyen des artistes allemands de l’après-guerre, Gerhard Richter, né en 1932, est depuis longtemps l’un des créateurs les plus renommés et les plus onéreux du monde. D’une grande versatilité, il produit aussi bien des toiles figuratives floues que des monochromes souvent gris, des tableaux abstraits aux tonalités chatoyantes et ondoyantes, d’immenses nuanciers de couleurs, ainsi que des clichés partiellement recouverts de marques de frottage et de raclage. Il est impossible de lister toutes ses expositions ; citons simplement la rétrospective au Centre Pompidou en 2012. Son “nomadisme pictural” a influencé de nombreux artistes, et il est le sujet de “L’œuvre sans fin”, le film de Florian Henckel von Donnersmarck, sorti en 2018. Marina Abramović Sans doute l’artiste la plus célèbre dans le domaine de la performance, Marina Abramović met souvent en scène son propre corps, à tel point qu’elle peut être considérée comme l’une des pionnières de l’art corporel. Elle affirme être intéressée par l’art qui perturbe et qui explore la représentation du danger. Depuis 1973, ses performances ont été présentées partout dans le monde, et elle a participé dès 1975 à la Biennale de Paris. Plus tard, elle remportera le Lion d’Or pour la meilleure installation à la Biennale de Venise de 1997. Sa performance la plus remarquée par le grand public et par les artistes, ‘The Artist Is Present’, a eu lieu en 2010 au MoMA. Pendant deux mois et demi, elle s’est installée pour un face-à-face silencieux avec les visiteurs, créant ainsi un moment de tension psychique exceptionnelle.

Christian Boltanski

Les nombreuses réactions suscitées par le décès de Boltanski en 2021 témoignent de l’importance et de la popularité de cet artiste, qui fut l’un des créateurs français les plus reconnus au monde. Dans une société obsédée par le désir de conserver les souvenirs, là où l’on pourrait penser que cet artiste cherche à ressusciter la mémoire, même de manière éphémère, c’est en réalité le processus de l’oubli qu’il met en exergue. À partir de 2000, il privilégie d’immenses installations, telles que Personnes à la Monumenta de 2010 ou Chance à la Biennale de Venise de 2011. De plus en plus préoccupé par la mort, voir Les Dernières Années de CB en Australie - sa dernière grande rétrospective au Centre Pompidou (2019-2020) porte un titre prémonitoire : Faire son temps

“Marlene Dumas Indiscutablement, il existe un style Marlene Dumas que l’on pourrait nommer expressionnisme distancié. L’œuvre est délibérément dépouillée : un visage, un corps, quelques couleurs, souvent délavées, épuisées ; une concentration drastique sur un petit nombre de motifs, une grammaire rude et ascétique. L’artiste, née en Afrique du Sud en 1953, reste marquée par l’injustice raciale de son pays natal. D’autres thèmes reviennent systématiquement dans son œuvre : la sexualité, la violence, la maladie, la mort. Ses figures pâles ne laissent jamais le spectateur indifférent. Quelques années après sa grande rétrospective à la TateModern en 2015, c’est au Palais Grassi à Venise qu’elle a exposé ses derniers travaux (2022-2023)

David Hockney Nonagénaire et dernier des Mohicans de la génération du Pop Art, Hockney continue de séduire. Longtemps considéré comme un simple élégant illustrateur de l’univers feutré de Beverly Hills, il fait désormais partie de ces rares artistes qui accomplissent une mission quasi impossible : être reconnus par l’histoire de l’art - et accessoirement par le marché - tout en plaisant au grand public. De plus, depuis une vingtaine d’années, Hockney a su se renouveler de façon étonnante. Ses expositions - notamment une rétrospective au Centre Pompidou en 2017, faisant suite à celle de la Tate Britain - mettent en avant sa fascination pour la photographie et la vidéo ou encore pour les images générées à l’aide d’un large éventail de moyens technologiques récents, tels que les copieurs, les télécopieurs, l’iPhone et l’iPad.

Ólafur Elíasson L’artiste danois Ólafur Elíasson, né en 1967 à Copenhague, s’est fait connaître du grand public avec son projet pour le hall des turbines de la Tate Modern en 2003, intitulé “The Weather Project”. Avec cette spectaculaire installation, plus de deux millions de visiteurs ont été plongés dans un brouillard artificiel grâce à la présence d’humidificateurs. La nature, son pouvoir et ses effets sont des thèmes de prédilection de l’artiste, qui s’intéresse particulièrement aux effets de la lumière, de l’eau, de la pression atmosphérique et de la température, aux variations météorologiques et aux interférences de ces différents éléments avec le monde humain. À la fin de 2014, la Fondation Louis Vuitton a consacré son exposition inaugurale à son œuvre.

Kara Walker Cette artiste plasticienne afro-américaine, née en 1969, demeure encore relativement ignorée en France. Elle est reconnue pour son utilisation de la technique des silhouettes, qui a vu le jour au XVIe siècle et s’est développée au XVIIIe siècle. Walker s’inspire également des panoramas et cycloramas du XIXe siècle, des gravures de Goya, ainsi que de la pseudo-science de la physiognomonie. À travers des scènes provocatrices réalisées avec une grande finesse, Walker aborde le racisme, la sexualité et la violence. Depuis 1994, ses installations composées de figures de taille humaine s’étendent sur de larges murs, à la manière de fresques. Son œuvre est également prolongée par des films d’animation. (Narrative of a Negress Burdened by Good Intentions, 2004

William Kentridge, William Kentridge, originaire d’Afrique du Sud et né en 1955, est un créateur parmi les plus prolifiques des vingt dernières années. Dessinateur de premier plan, il est aussi graveur, sculpteur, cinéaste, acteur et metteur en scène. Toujours engagé socialement et politiquement, son travail demeure inséparable de ses racines. L’apartheid et le racisme sont des thématiques récurrentes qui imprègnent sa production artistique et trouvent un écho particulier à l’heure actuelle, alors que des mouvements d’une ampleur sans précédent contre le racisme se déploient à travers le monde. À la fin des années 1980, il a développé une technique cinématographique surnommée « l’animation du pauvre » et a créé des œuvres plastiques qui évoquent le théâtre d’ombres. Une exposition d’importance lui a été consacrée en 2020 au LaM.