A Londres, face à face entre peinture et photographie

Déjà en 1839, Arago déclare que les photographes surpassent en précision les peintres les plus habiles. Mais, limité aux exigences scientifiques, il faudra longtemps pour que la photographie soit admise dans le cercle des beaux-arts. C’est que “dans l’histoire du rapport entre la peinture et la photographie, il était de tradition de demander à la photographie la forme vive du réel et à la peinture le chant et l’éclat, la part du rêve qui pouvaient se cacher”. (Foucault). L’exposition londonienne ne prétend pas de suivre pas à pas cette rivalité ou cette cohabitation entre les deux disciplines. C’est la seconde partie du XXe siècle qui est mise en scène ici, quand la photographie fait son retour en force avec le Pop Art et l’hyperréalisme. La conquête du terrain jadis occupé par la peinture va se poursuivre, avec les techniques de reproductions de plus en plus sophistiquées et interactives. Avec les œuvres de Warhol, David Hockney ou Richard Hamilton, les images d’après photo proposent une vision objective et distanciée et posent un regard clinique sur les choses. Ailleurs, Gerhard Richter, suivi par Luc Tuymans ou Marlene Dumas, réalisent des « clichés » figuratifs brouillés qui semblent s’inspirer d’un appareil photographique mal réglé. Ces œuvres déstabilisent la séparation entre la photographie et la peinture, offrent des perceptions floues du monde environnant et s’interrogent sur la représentation “ naturelle ” de la réalité. En dernière instance, c’est une manière de rappeler que toute image demeure une transposition.

Itzhak Goldberg