Miro, maître de la métamorphose.
Surréaliste, Miro ? Sans doute, par son style pendant ses années parisiennes – 1920-1941, la période exposée à Bilbao – ou par ses fréquentations – il partage avec André Masson la même adresse, 45 rue Blomet, lieu qui voit passer Robert Desnos, Paul Éluard ou Michel Leiris. Surréalisme qui situe l’univers à la croisée de l’imaginaire et du réel car, selon Miro, il cherche à s’évader dans l’absolu de la nature. Dans ses “peintures de rêve” (Jacques Dupin), partant d’une figuration stylisée et simplifiée, il invente des formes inconnues et suggestives, comme les expressions condensées d’une poésie personnelle et universelle. Face à ces figures de l’envolée qui se transforment en constellation d’astres, l’oeil est tiraillé entre images et idéogrammes, familiarité et incertitude. Surréalisme qui a partie liée avec le biomorphisme, cette tendance abstraite qui n’exclut pas des formes renvoyant à un prototype archaïque, intemporel, aux accents mythologiques, oniriques ou symboliques. La question de l’origine se reflète dans des configurations arrondies et lisses, empreintes d’un certain animisme, ou une fleur, un oiseau, une étoile ou un corps de femme se côtoient (Femmes, oiseaux, étoiles, 1942). Accouplés, des ellipses et des étoiles, des insectes, des larves, des serpents, donnent naissance à des êtres hybrides, à mi-chemin entre des phénomènes biologiques cristallisés dans la matière et des signes calligraphiques en provenance d’un abécédaire secret et fantasque. Un fragment d’anatomie évoque un corps, un contour suffit à suppléer les parties manquantes. Sur ces toiles, définitivement délestées de leur poids, viennent se poser avec une légèreté des formes allusives nées d’un rien ; les éclaboussures d’un raffinement étrange se transforment en traces sombres ou lumineuses. Signe du chemin commun parcouru avec les écrivains, les toiles du maître catalan sont souvent “baptisés” poétiquement. Une étoile qui caresse le sein d’une négresse, 1938 ou Vers l’échelle de l’évasion, 1942), de simples titres ou l’inventaire de l’œuvre de Miro ?
Itzhak Goldberg