Ce sont les années soixante, qui ont valu à Martial Raysse, né en 1936, sa place dans l’histoire de l’art. Plus précisément, c’est avec les Nouveaux Réalistes qu’il se fait une place au soleil. Soleil, car le lieu de prédilection de l’artiste niçois, préfigurant déjà le fameux slogan « Sea Sex and Sun », est la plage. Pin up, parasols, serviettes de bains, jouets gonflables…toute cette panoplie d’objets-gadgets est regroupée dans la spectaculaire installation-phare de 1962, Raysse Beach, son œuvre iconique. Un trop plein d’uniformité et d’abondance, qui met en évidence l’ironie mordante d’un artiste qui ne manque pas d’humour. Mais le temps est passé et les œuvres récentes, exposées à Sète, ont perdu beaucoup de leur puissance corrosive. Certes, la parodie n’est pas absente de ses toiles qui s’inspirent des images clés de la culture occidentale (Cranach, Ingres, Tintoret). Quand Raysse s’attaque à des groupes, il obtient des compositions dérangeantes, inquiétantes même, des bacchanales grotesques, des satires amères, des allégories grimaçantes (Le Grand Jury, 2021, Now, 2017, Poisson d’avril, 2007). Ailleurs toutefois, nombreux sont les travaux qui font appel au kitsch, cette appellation contrôlée de niaiserie (Diriez-vous Poésie, 2014, Et alors, 2012, Actéonne, 2019, une sculpture en bronze et acier, qui reprend une posture classique). Ce jeu avec les lieux communs et le pompiérisme, promu genre, n’est pas sans danger. Avec ces œuvres, la distinction entre les premier et second degrés, entre le pastiche et l’original est loin d’être évidente pour le spectateur. Mais, peut-être, parfois aussi pour leur auteur.
Itzhak Goldberg