Londres, jusqu’au 1er janvier, Royal Academy of Arts,

Performances mais aussi photos, vidéos ou installations -, la Royal Academy expose l’œuvre protéiforme de Marina Abramović en majesté. La manifestation, conçue par l’artiste, permet de revivre certaines de ses performances à l’aide d’images d’archives, tandis que d’autres seront réinterprétées par une jeune génération de performers. Connue depuis une cinquantaine d’années, Abramović réalise ses premières interventions en solo de 1969 à 1975. Le corps féminin est au cœur de ces œuvres, au point où l’on peut la considérer également comme l’une des pionnières de l’art corporel. Avec Rythm O (1974), Abramović se met en danger réel en se laissant manipuler par le public avec des objets choisis par ce dernier (fleurs, plumes, couteaux et même armes à feu…). A Londres, une reconstitution de ce rituel, en quelque sorte une cérémonie religieuse détournée, fait appel à une énorme table recouverte de divers aliments et à une photographie où l’on voit les spectateurs qui ont participé à cette étrange rencontre. Une année plus tard, Abramović fait la connaissance d’Ulay, avec qui elle collabore durant douze ans. Ensemble, ils réalisent Rest Energy (1980), probablement leur performance la plus célèbre ; les deux artistes tendent un arc avec une flèche dirigée vers le cœur de Marina, seul le poids de leur corps maintenant la tension. Ailleurs, Abramovic affiche toute sa sensibilité aux drames contemporains avec Balkan Baroque - (Biennale de Venise, 1997) - où elle s’enferme pendant quatre jours pour nettoyer un tas d’os sanguinolents, en rappel des guerres de Yougoslavie. Ailleurs encore, l’installation-performance The House with the Ocean View, 2002, est une « maison » composée de trois pièces, où l’artiste vit durant 12 jours, ritualisant, aux yeux de tous, les gestes du quotidien. Les dernières années, influencée par le bouddhisme, son œuvre prend une tangente franchement mystique, légèrement kitsch. Un des travaux ici est un photomontage qui la montre en Sainte-Thérèse lévitant dans sa cuisine. Une réponse au fameux Saut dans l’espace de cet autre performer avant la lettre, Yves Klein ?

Itzhak Goldberg

Marina Abramović, Royal Academy of Arts, Londres.