Il est temps de fixer une date et un lieu définitif pour cet événement qui revient – plus ou moins - régulièrement dans la vie de la ville rose. En effet, l’ancien printemps de Cahors s’est transformé en Printemps de Toulouse - en septembre – puis, cette année, il se métamorphose en Nouveau Printemps de Toulouse - en juin. Espérons que les visiteurs seront suffisamment souples pour suivre ces péripéties. Pour cette édition, les organisateurs s’associent à la designer Matali Crasset, la présentant comme une “créatrice aux multiples talents, engagée depuis longtemps dans la transition écologique”. Selon eux, « elle développe une approche à la croisée d’une pratique artistique et anthropologique, à la fois joyeuse et politique, qui vise à insuffler un sentiment de communauté et à ouvrir des possibilités ». Diantre ! La manifestation se concentre sur un quartier central de Toulouse, Saint-Cyprien, où elle se déploie partout : musée, jardins, théâtre, boutiques. Matali Crasset affirme vouloir faire participer l’ensemble de la population de cette partie de la ville afin d’interroger les liens « entre culture et culture du vivant » Ce programme, vaste et plutôt imprécis, englobe divers enjeux - habitat, écologie, travail collectif - abordés par des artistes venant de nombreuses disciplines. Autrement dit, une approche, certes ouverte, sur la culture et le monde, au risque d’un certain embrouillement On peut commencer la visite par les sept maquettes réalisées par Crasset au Château d’Eau. Faites durant le confinement, ces propositions d’habitat cherchent à rompre l’isolement qui a été imposé par la pandémie, mais également à remettre en question le rôle de la maison en tant que cocon protecteur, isolant du reste de la société. L’artiste reprend la même idée au Musée des Abattoirs en introduisant des éléments perturbateurs dans une pièce, créant ainsi ce qu’elle nomme une situation d’inconfort. Enfin, une de ses maquettes, le Moulin à Nef de la Garonne, agrandie et placée dans le Jardin Raymond VI, a rapidement été adoptée comme terrain de jeux par les enfants. Ces derniers ont droit à une distraction supplémentaire, des drapeaux colorés, recouverts de personnages qui semblent sortir d’une bande dessinée, peints par Pierre La Police. De toute autre nature sont les travaux situés au Jardin des Herbes de Sainte-Monique, dans une cour de l’hôpital de la Grave. Conçue par les étudiants de l’école d’architecture en collaboration avec les rares patients encore traités ici, cette structure circulaire, une sorte d’agora, permet une rencontres et échanges. Face à un intéressant effort de rapprochement social par l’art, on regrette l’aspect peu imaginatif de cette construction rudimentaire. À quelques pas de là, dans le réfectoire de l’hôpital, trois artistes norvégiennes proposent un regard décalé sur l’histoire et la culture de leur pays. Ainsi, Marianne Heske fait appel aux clichés norvégiens - quelques restes d’un bateau, une immense photographie ancienne d’un fjord avec une femme dans une barque -. De son côté, Frida Orupabo crée des collages qui rappellent le rôle peu glorieux de sa patrie dans le commerce esclavagiste. Sans quitter l’hôpital, le visiteur arrive à la chapelle de la Grave avec son dôme impressionnant. Dans ce cadre, Camille Grosperrin et Julien Desaill ont réalisé une installation sonore intitulée “Les Invisibles”. Cette structure en bois abrite des céramiques aux motifs liés à la faune et à la flore locales. Ce sont ces éléments, mis en mouvement, qui génèrent les sons. Ensuite - à pied ou à vélo, les distances sont courtes –on se dirige vers un autre bâtiment toulousain remarquable, le Théâtre Garonne. Dans sa magnifique galerie souterraine, Julien Carreyn accroche avec soin de minuscules polaroids sur les murs épais. Intitulée “Les citrons du Tarn”, cette série de clichés forme le récit d’une journée, réelle ou imaginaire, que l’artiste a passée avec des amies dans le Tarn. Cependant, cette tentative de créer une mythologie personnelle, voire intime, demeure trop anecdotique pour toucher le spectateur. C’est en arrivant au Musée des Abattoirs que l’on distingue clairement la nature contrastée du Nouveau Printemps. D’une part, on trouve des travaux dispersés dans la ville, qui cèdent souvent la priorité à l’aspect participatif, parfois au détriment de l’invention plastique. D’autre part, préservées dans un écrin muséal, les œuvres, et ce n’est pas un hasard, privilégient nettement une démarche esthétique, sans pour autant renoncer à un engagement sociétal. C’est avant tout l’écologie qui préoccupe les artistes femmes exposées ici. Si l’on connaît depuis 1970 le Land-Art de proximité de Marinette Cueco, ses entrelacs - des assemblages tissés avec des fibres végétales - procurent toujours le même enchantement. Dans une autre salle, l’œuvre de Cornelia Hesse-Honegger est une véritable découverte. Ses dessins, d’un raffinement extrême, représentent des insectes vivant à proximité des centrales nucléaires et leurs mutations, sont à la fois fascinants et effrayants. En d’autres termes, il est possible de donner l’alerte sans sacrifier la beauté. Itzhak Goldberg L’exposition ‘Le Nouveau Printemps de Toulouse’ se tient jusqu’au 2 juillet dans le quartier de Saint-Cyprien, à Toulouse.”
Le Nouveau Printemps de Toulouse entre sociétal et esthétique
art et écologie
Exposition — Le Nouveau Printemps de Toulouse, Saint-Cyprien ↗