Le Land Art de proximité de Marinette Cueco
Comment parler d’une artiste qui employait les composants de la nature d’une manière subtile, qui ne cherchait pas à bouleverser l’environnement mais à y laisser des traces légères, parfois à peine perceptibles, au seuil de la visibilité ? Comment approcher une œuvre qui se sert des techniques dites féminines (tressage, tissage, enroulement…) mais qui se refusait à être considérée exclusivement comme une prise de position féministe ? Comment enfin décrire avec précision un travail profondément poétique qui a fait du paysage son lieu d’activité principale ? Née en 1934 à Argentat (Corrèze), Marinette Cueco, décédée à Paris le 18 octobre, fut autodidacte au sens noble du terme, à savoir au sens de quelqu’un qui invente sa propre pratique artistique, à l’écart des chemins balayés par l’histoire de l’art. Formée à l’école normale de Tulle (1956), elle travaille comme institutrice pendant quelques années. Elle apprend le tissage auprès d’une tisserande - une activité qu’elle va appliquer désormais à son œuvre. Puis Marinette s’installe à Paris avec son mari, Henri Cueco, artiste lui-même. Tous deux de milieu modeste, c’est tout naturellement qu’ils s’engagent dans une activité militante ; leur art ne fait pas la distinction entre esthétique et éthique. Discrète, Marinette n’est pourtant jamais absente de tous les débats idéologiques qui caractérisent ces années « chaudes ». Ainsi, elle contribue par sa présence à la « coopérative de peintres toxiques”, les “Malassis”, ce mouvement pictural contestataire des années 70 et dont Henri a été l’un des fondateurs. Pour autant, elle poursuit une production plastique singulière qui inscrit à la fois dans la nature et dans l’éphémère, en quelque sorte un Land Art de proximité. Les fragments épars des herbiers qu’elle confectionnait évoquent ainsi, tour à tour, les souvenirs lointains d’un univers botanique livresque, un égarement volontaire dans la nature, une promenade dans un jardin imaginaire. Le monde végétal, présent dès les débuts de l’œuvre de cette artiste, fait croire que la langue des plantes est son langage propre, en quelque sorte sa langue maternelle. Ayant droit à de nombreuses expositions, son travail, jamais ostentatoire, reste une source d’inspiration pour de nombreux créateurs et créatrices.
Itzhak Goldberg