La réalité – fausse ou vraie – examinée au Musée de Nantes.

L’hyperréalisme n’a jamais eu la cote en France, ni pendant les années soixante-dix, quand il apparaît aux Etats-Unis, ni par la suite – l’unique manifestation importante, au Musée de Strasbourg, date de 2003. Trop américain, trop anglo-saxon, trop littéral, visiblement ce mouvement ne se prête pas aisément aux obsessions théoriques de la critique française. Et voilà que, après une présentation par le Musée Maillol - où on avait l’impression de faire face à des personnages en cire venus du Musée Grévin - le Musée d’Arts de Nantes s’attaque aux sculptures hyperréalistes. Ici, l’exposition organisée par Katell Jafrès, responsable des collections d’art contemporain, assistée par Salomé Van Eynde, prend une autre dimension. Grâce à une scénographie élégante et inventive, le parcours ne cesse de dérouter le spectateur. De fait, les ouvertures aménagées dans les cloisons permettent des rapprochements entre les œuvres. Ce dispositif est d’autant plus important que les travaux ne sont pas réalisés uniquement par les artistes de la génération « historique » - Duane Hanson, John DeAndrea - mais aussi par des créateurs plus jeunes –Gilles Barbier, Daniel Firman ou la céramiste finnoise Saana Murtti. C’est toujours avec le corps nu que la ressemblance hypnotisante – au risque de se frotter dangereusement à un certain académisme – atteint son point culminant. (John DeAndrea, Standing Brunette, 2011, Sam Jinks, Seated Woman, 2022). Cette similitude chirurgicale, cette hypertrophie du détail, parfois agrandie démesurément, font que la représentation devient étrangement abstraite, impalpable ; la familiarité devient une inquiétante familiarité. D’autres corps, vêtus, parfois entourés d’objets, forment des bribes de récits assez universels pour permettre à tous et à chacun de s’ identifier, assez spécifiques pour interdire au visiteur de pénétrer dans leur coquille fragile (Berlinde De Bruyckere, C. Reybrouck, 1997). Une mention spéciale pour les panneaux pédagogiques, d’une justesse et d’une clarté exemplaires.

Itzhak Goldberg