La peinture sans concession de Philip Guston

Oublions la polémique stérile et ridicule initiée en 2020 par des conservateurs américains. De fait, selon eux, les images de Philip Guston, (1913-1980), qui figurent des personnages du Ku Klux Klan, laissent soupçonner une adhésion à l’idéologie raciale de ce groupe nauséabonde. On reste stupéfait face à cet aveuglement de la part de ceux qui ont appris à regarder dans les meilleures écoles. En réalité, hanté par la violence et la ségrégation raciale, l’artiste – accessoirement né de parents juifs sous le nom de Phillip Goldstein – affirme que ces représentations sont pour lui une manière d’examiner le Mal à ses origines. Aucune trace d’apologie pour ces figures qui portent le fameux Hood (cagoules) et qui semblent sortir directement d’une bande dessinée ou d’un bal masqué cauchemardesque. Quoi qu’il en soit, c’est surtout la puissance extraordinaire de cette peinture qui frappe le spectateur. Si Guston a été reconnu comme un des pionniers de l’expressionnisme abstrait, il crée un scandale dans le milieu artistique new-yorkais en faisant un retour à la fin des années soixante à la figuration. Le parcours à la Tate présente ces « catastrophes », ces entassements chaotiques, où des « choses » et des formes indéterminées, placées sans aucune hiérarchie, sont enchâssées, voire encastrées les unes dans les autres(Rug, 1976, Monument, 1976). Tracés grossièrement, les personnages et surtout les objets ne sont pas toujours reconnaissables. Dans ce du répertoire prosaïque – cigares, cordes, chaussures – jamais rien de superflu, aucun souci de séduire. Brutale, voire inquiétante, l’œuvre n’aborde que l’essentiel. C’est sa force.

Itzhak Goldberg

Philip Guston, Tate Modern, Londres.