Espace Louis Vuitton, jusqu’au 2 avril
Annoncée depuis longtemps, attendue impatiemment, l’exposition de Mark Rothko se déploie dans l’ensemble de l’Espace Vuitton. Accompagnée de tous les superlatifs – la plus grande, la plus complète, la plus belle –, elle s’ajoute à la liste déjà bien garnie d’événements orchestrés par la Fondation. On voit mal un musée français susceptible de réunir cent quinze œuvres, venant de partout, étant donné les dépenses colossales que cette entreprise implique. Sans doute, la présence de Suzanne Pagé, l’ancienne directrice du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, à qui l’on doit déjà la magnifique présentation de l’artiste américain en 1999, et celle de Christopher Rothko, fils du peintre, ne sont pas étrangères à cet exploit. Un facteur important de la réussite est l’accrochage qui suit parfaitement les indications posthumes de Rothko, très pointilleux, voire maniaque, à cet égard. Selon Suzanne Pagé, qu’il s’agisse de la couleur des murs, de l’intensité de l’éclairage, plus ou atténué, ou encore de la hauteur des toiles – très basse, pas plus de 40 cm – l’ensemble suit parfaitement les désirs de l’artiste. A juste titre, car grâce à ce dispositif le spectateur, pour autant qu’il s’approche de l’œuvre – en espérant ne pas déclencher l’alarme – est immergé dans ces couleurs-lumières irradiantes. Le parcours chronologique débute avec les œuvres des années trente et quarante, moins connues car moins souvent montrées ou reproduites. On y voit clairement l’influence des surréalistes – essentiellement de Matta - qui séjournent à cette période aux Etats-Unis ou celle des mythes et symboles universels recyclés par le peintre. Non satisfait par la figuration, même dans une version non mimétique, Rothko fait appel à des surfaces colorées et, pendant deux ans, dans un cycle intitulé Multiforme, recouvre les divers supports, toiles ou papiers, de taches qui semblent flotter sur la surface. Puis, il ne garde que deux ou trois éléments et, en les disposant de façon symétrique, simplifie la composition. Un cheminement qui permet – certes a posteriori – de suivre in vitro ce miracle par lequel les formes s’unissent et se transforment en nappes de couleur.
Itzhak Goldberg
Marc Rothko, Fondation Louis Vuitton, 8 Av. du Mahatma Gandhi, 75116 Paris.
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