Jean-Paul Riopelle, la voix du Canada, à la Fondation Maeght.
Parfums d’ateliers, ce beau titre de l’exposition de Jean-Paul Riopelle (1923-2002) organisée par sa fille, Yseult, n’est pas une simple métaphore. La manifestation s’articule autour de multiples ateliers de cet artiste nomade – Québec, Paris, Vétheuil, Meudon ou Saint-Cyr-en Arthies -qui faisait des allers-retours entre son pays natal, le Canada, et la France en passant par les Etats-Unis. Le parcours, pas vraiment chronologique, peut déconcerter le spectateur mais a le mérite de le surprendre. Surprise d’autant plus grande que le choix des œuvres permet la découverte d’un Riopelle différent de celui que l’on voit habituellement. De fait, la sélection inclut dessins, sculptures, céramiques, collages, lithographies, tapisseries – la très spectaculaire Tapisserie 2, L’Arbre, 1972 - et même des projets de décors pour une chorégraphie de Merce Cunningham. Certes, on trouve à la Fondation, grâce au prêt du Centre Pompidou, Chevreuse (1954), magnifique toile - la plus grande réalisée par l’artiste - composée avec une touche mosaïquée et des éclaboussures écrasées comme des couches qui ne se solidifient pas définitivement. Certes encore, on y croise des travaux exécutés dans un style gestuel, fait de déflagrations qui semblent déborder la surface de la toile, et qui s’inscrivent dans la lignée de l’abstraction lyrique pratiquée à Paris dans les années 1950 (Avalanche, 1956). Cependant, c’est l’importance de la nature pour Riopelle qui frappe ici. D’entrée, des paysages lunaires, des surfaces blanches cernées de contours noirs, témoignent de la fascination de l’artiste pour le Grand Nord canadien, terre des Inuits. Dans une autre salle, ce sont des jeux de ficelle qui consistent en des figures créées à l’aide d’une cordelette nouée en boucle, entrelacée entre les doigts, que l’artiste transpose dans ses toiles. Ces arabesques sont rattachées au langage des signes du peuple esquimau mais aussi à l’enfance de Riopelle. Formes improvisées, elles rappellent par leur spontanéité les débuts de Riopelle, membre fondateur du mouvement artistique canadien des Automatistes et ses rapports avec le surréalisme, grâce sa rencontre avec André Breton en 1947. Pour autant, malgré une certaine proximité avec Jackson Pollock ou Tobey, Riopelle se maintient toujours dans un certain naturalisme. Chasseur et pêcheur passionné, l’artiste laisse une place importante au monde animal dans son œuvre (Les Oies sur la ville, 1983). Mais, cela surtout dans le domaine de la sculpture, moins connu, où les animaux, métamorphosés et associés à des personnages, sont traités avec une grande finesse. (Femme hibou, 1969-1970, Hibou-trappeur, 1970). La manifestation, qui fête le centenaire de la naissance de l’artiste, est réalisée en collaboration avec la Fondation Riopelle, dirigée par la très active Manon Gauthier. Sans remettre en question la valeur de ce créateur, capable de s’exprimer intensément avec toutes les techniques des arts plastiques, on peut se demander si sa notoriété est dissociable du statut exceptionnel dont il jouit au Canada.
Itzhak Goldberg