L’artiste suisse Hannes Vogel, né en 1938 et décédé le 21 mai, reste peu connu en France. Pourtant, il a vécu la majeure partie de sa vie en Alsace avant de se retirer dans les Grisons, un territoire suisse de l’arc alpin, depuis longtemps terre d’accueil et d’inspiration pour de nombreux artistes. Le choix de Vogel est lié à sa fascination pour la peinture de Giovanni Segantini, paysagiste symboliste du début du siècle. Tout comme lui, mais en tant que photographe, il étudie la perception de la nature modifiée par les variations climatiques. Vogel ajoute une touche conceptuelle à ses clichés en intégrant des inscriptions dans le corps de l’œuvre (À l’est, le Schafberg 2006). Pluridisciplinaire - peintre, dessinateur - Vogel fut est avant tout, à partir des années 1970, un pionnier dans le domaine de la vidéo. À la jonction de l’art et de la technologie, il pratique des installations hybrides où les écrans semblent entretenir un dialogue avec des objets quotidiens disposés à proximité. Insérées dans la tradition duchampienne, ces interactions, parfois surréalistes, souvent ironiques, portent un regard critique sur la société. Ainsi, Fressen (Bouffer), 1985, représente un tas d’emballages de friandises, d’apéritifs et autres goinfreries que l’on avale machinalement en regardant la télévision, offrant une vision dérisoire de cette habitude addictive. De l’installation, cette activité qui se déploie dans l’espace, aux commandes publiques, il n’y a qu’un pas que Vogel, qui travaille avec sa femme, Petruschka, architecte d’intérieur de formation, franchit sans difficulté. Le couple réalise des places - à Graz en Autriche ou le “Rosshof” à Bâle -, des ronds-points, ainsi que la cafétéria de l’hôpital universitaire de Zurich. Manifestement, l’homme aime pratiquer l’art en famille. A partir de 2000, il collabore à plusieurs reprises avec son fils Corsin Vogel, artiste sonore. En 2013 notamment, tous deux travaillent en complicité sur un projet consacré à la perception de l’espace alpin en hommage à Giovanni Segantini, ce qui a donné lieu à l’exposition « La montagne fertile : les Giacometti, Segantini, Amiet, Hodler et leur héritage ». Ainsi, la boucle était bouclée. Itzhak Goldberg
Hannes Vogel ou l'appel des Grisons
photographie, vidéo et installation