Forever, Expérience Pommery n° 17, domaine Vranken-Pommery, Reims, jusqu’au 28 novembre.

L’exposition Forever, Expérience Pommery n° 17, au domaine Vranken-Pommery à Reims marque les vingt ans d’une manifestation qui s’adresse à un très large public. De fait, il est impossible de savoir si les visiteurs sont attirés par la présentation artistique ou par les secrets de la production du champagne. C’est pour cette raison qu’un important effort pédagogique est déployé sur place : panneaux explicatifs, médiateurs ou visites guidées Quoi qu’il en soit, les caves où se déroule la première et la plus importante des trois expositions proposées ici, imposent des contraintes draconiennes sur le choix des artefacts. La peinture, de même que certaines matières sensibles à l’humidité, sont exclues d’emblée. En revanche, les œuvres jouissent d’un cadre prodigieux qui facilite les effets scénographiques spectaculaires. Le parcours s’ouvre sur un escalier monumental – les caves ont 30 mètres de profondeur – un espace sombre, éclairé essentiellement par des sculptures lumineuses de Hsiao Chi Tsai et de Kimiya Yoshikawa (2012-2022). Suspendues au plafond, réalisées en partie à l’aide de matériaux organiques – plumes ou fleurs -, d’une grande richesse chromatique, elles forment d’étranges étoiles flottantes. Puis, on déambule dans des galeries qui relient entre elles les anciennes crayères – près d’une soixantaine – ces immenses puits qui permettent d’y placer des installations d’une taille exceptionnelle. Ainsi, Lèa Barbazanges déploie d’immenses tiges d’une fragilité extrême, comme un bouquet posé délicatement par la main d’une géante (140 Fils de verre et de cristal, 2008-2014). Ailleurs, attirée également par l’espace tout en hauteur, Anne-Flore Cabanis tend des sangles en polyester depuis la tête de crayère jusqu’au sol. L’œil du spectateur suit cette « pyramide » transparente dont la partie supérieure se dissout dans l’obscurité et laisse place à l’imaginaire (Aplomb, 2022). Ailleurs encore, au fond d’une allée, un nuage blanc s’élève. En s’approchant on découvre le travail poétique de Luka Fineisen, Awakening. Dans une caisse translucide, une multitude de plumes virevoltent, à l’instar de ces boules à neige, souvenir lointain de notre enfance. Impossible d’évoquer les nombreuses œuvres qu’on croise pendant cette plongée souterraine. Mentionnons seulement Un cœur pour… de Jacqueline Dauriac (2023), le Solar Black de Anthony James (2020) ou encore la piste de danse improvisée de Michelangelo Pistoletto (Terzo Paradizo, 2003-2023). En remontant on peut s’attarder au Cellier Pompadour pour y voir Pommery Etoiles de Julien Salaud, une installation immersive à la gloire de la couleur Bleu Pommery – une œuvre un peu trop flatteuse pour la célèbre marque du champagne – ou Road to exile (2007) de l’artiste camerounais Barthélémy Toguo, sans doute la seule œuvre – et c’est dommage - qui aborde explicitement le contexte actuel. La visite s’achève à la Villa Demoiselle, une belle œuvre d’art total ou chaque détail de la décoration intérieure est traité dans le style Art Nouveau. Parmi les quelques œuvres proposées ici par le Musée des Beaux-Arts de Reims, on remarque La Femme au chien de Pierre Bonnard (1900) ou la jolie Féerie nocturne de Maxime Maufra (1906) aux côtés d’une pièce contemporaine de Muriel Persil, La Précieuse II, 2021, un vase en grès coloré, aux formes fantaisistes. C’est toutefois la magnifique cheminée, un chef d’œuvre de l’art nouveau, sur laquelle le regard se fixe avant de quitter définitivement le lieu.

Itzhak Goldberg