A la Villa Paloma, l’art du peu de Pierre Paolo Calzolari
Rares sont les artistes qui méritent autant que Pierre Paolo Calzolari le terme consacré par les cartels que l’on trouve dans les musées : technique mixte. Terme qui inflige au spectateur attentif un sentiment de frustration face à une œuvre qui affiche brutalement sa matérialité tout en cachant la nature des éléments qui la composent. Cependant, si l’artiste italien refuse souvent de titrer ses travaux, ses matériaux sont toujours clairement affichés. Ces mélanges, hybridation, réunion, juxtaposition, imbrication d’éléments différents modifient, parfois avec violence, nos habitudes esthétiques. L’importance accordée dans les œuvres à des composants inhabituels est sans doute l’une des caractéristiques de l’Arte Povera, ce mouvement d’avant-garde né à Turin en 1967, auquel appartient Calzolari. Chapeauté par le critique d’art Germano Celant, Jannis Kounellis, Giuseppe Penone, Giovanni Anselmo, Michelangelo Pistoletto ou encore Mario Merz, écologistes avant la lettre, ils prônent un retour aux matériaux naturels, loin de l’art attiré par les progrès technologiques. Pour autant, chacun de ces créateurs, et c’est clairement le cas de Calzolari, a fait le choix de pratiques singulières. Les assemblages et les petites installations, présentés à la Villa Paloma, ce lieu transformé en Nouveau Musée National mais qui en garde tout le charme, sont parfois posés à même le sol ou fixés dans les coins d’une salle. Ces travaux semblent être réalisés sur un mode, peut-on dire, mineur. Mineur dans le sens employé en musique, jamais dramatique ni fébrile. Au chaos volontaire du monde, l’artiste oppose une sérénité silencieuse, des natures mortes d’un nouveau type, des présences figées qui respirent le vide. Ces objets et ces matières – quelques livres « froissés » en plomb sur une étagère (Nature morte B, 2005), une feuille de trèfle posée sur un tissu (Sans titre, 1996), ou une bougie sur un plateau recouvert de givre - n’établissent aucune liaison explicite, narrative ou symbolique, et restent opaques et muets. L’admiration avouée par Calzolari à la thématique modeste et dense de Morandi, qui va toujours à l’essentiel, trouve ici son expression adéquate. De fait, ces « choses » refusent toute précision et restent des formes approximatives, inachevées, qui proposent au spectateur une expérience sensible et pas seulement visuelle. Chacune d’elles expose à sa surface une diversité de traces de différentes manipulations, qui lui confère une dimension temporelle et contribue à la charge émotive particulière qui s’en dégage. Émotion transmise au spectateur par la fragilité de ces travaux, ces pièces assemblées qui partagent une forme d’hésitation ou d’incertitude. À l’instar des objets abandonnés ou trouvés, qui gardent les marques de leurs pérégrinations, les œuvres énigmatiques de Calzolari semblent préserver un secret. Le minimalisme de l’artiste est un minimalisme expressif, mais qui ne lâche jamais la sourdine. Autrement dit, une œuvre à bas bruit.
Itzhak Goldberg