Plus qu’un autre, Picasso entretient des relations orageuses avec la tradition. Boulimique visuel, le peintre est aussi doté d’une digestion plastique exceptionnelle, que lui permet d’expérimenter et d’adapter à son propre compte les divers acquis de l’art du passé. Ces “emprunts” sont immédiatement perçus par la critique, dans un commentaire qui suit sa première exposition importante en 1901 : “On démêle aisément, outre les grands ancêtres, maintes influences probables, Delacroix, Manet… Degas, Forain, Rops.. Chacune passagère, aussitôt envolée que captée, on voit que son emportement ne lui a laissé le loisir encore de se forger un style personnel”. Peintre éclectique, Picasso ? La rapidité avec laquelle il “teste” ces apports trahit plutôt les signes d’impatience d’un artiste qui vise à brûler les étapes. Refusant à jamais d’être enfermé dans un style, même quand plus tard il s’agira de ceux qu’il invente lui-même, refusant aussi la chronologie linéaire, le peintre ne fait que renouer avec un fantasme millénaire : quitter le temps réel afin de se réfugier dans le temps artistique, trans-historique, qu’il contrôle à sa guise. C’est qu’au-delà d’un dialogue “échangiste” avec ses illustres prédécesseurs, défiant les siècles et l’histoire, Picasso prend place lui-même parmi les Maîtres en s’appropriant et en tuant leurs chefs d’oeuvres, pour mieux en extraire chirurgicalement leur substance. Filiation irrespectueuse, mais qui fait qu’aucun commentaire n’égale la justesse avec laquelle les variations de Picasso dévoilent la structure cachée des Ménines de Vélasquez, une œuvre parmi d’autres à l’exposition. Picasso. Tradition et avant-garde, Museo Nacional del Prado - Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía 6 June - 3 September 2006, Manifestation à l’occasion de 25 ans du retour de Guernica en Espagne.
Picasso tradition
Picasso et la tradition artistique