Les fleurs du mâle de Georgia O’Keeffe

L’essai court et dense d’Estelle Zhong Mengual est à la fois stimulant, et irritant. Stimulant et original, car dans la lignée de son ouvrage « Apprendre à voir. Le point de vue du vivant » (Actes Sud, 2021), elle analyse l’œuvre de Georgia O’Keeffe d’une perspective non anthropocentrique. Selon l’autrice, en peignant des fleurs de taille monumentale suivant un cadrage serré et rapproché, O’Keeffe en propose non pas le point de vue humain mais la vision qu’en ont les pollinisateurs, en l’occurrence les abeilles. Irritant, car elle juge tout rapprochement récurrent de ce thème de l’artiste avec des organes génitaux – y compris par les critiques femmes, voir Linda Nochlin – comme une vision réductrice et phallocratique. Certes, O’Keeffe elle-même a systématiquement rejeté cette interprétation. Cependant, si l’artiste est le père – et la mère – de son œuvre, une fois sortie de l’atelier celle-ci s’expose aux regards et aux interprétations des spectateurs. Itzhak Goldberg

Estelle Zhong Mengual, Peindre au corps à corps, Les fleurs de Georgia O’Keeffe, Actes Sud, 20E.