Où sommes-nous ? A Florence, pendant la Renaissance ? En Angleterre avec les préraphaélites ? Ou encore au XVIIIe siècle, avec Giovanni Battista Piranesi et ses Prisons imaginaires, des architecture ambiguës aux nombreuses anomalies spatiales que l’artiste présente comme « inventions en forme de caprices ». Face aux travaux de Jean Caffe, on aimerait ne pas être un historien d’art et de renoncer à cataloguer les œuvres avec une précision maniaque, à les ranger dans des tiroirs. Les images, faites dans les années quatre vingts, sont en réalité hors temps, comme des ovnis picturaux. Ce monde factice, où les évocations religieuses sont contaminées par des contes improbables, n’est ni réel, ni possible. Dans des palais classiques ou futuristes - en bois, en métal ? - des dignitaires richement habillés, aux coiffes magnifiques, sont souvent accompagnés d’un animal - un cheval, un chat, un hibou. Une procession - les 11000 vierges ? - se dirige vers une destination inconnue. Ailleurs, une reine assise sur un trône placé dans un édifice somptueux au-dessus d’une lagune nous fixe avec un regard inexpressif. Ailleurs encore, un univers souterrain s’ouvre sous nos pieds. Tout semble figé, comme dans le moment précédant une représentation, une représentation qui n’aura pas lieu. Et si, justement, on avait à faire ici avec une scène théâtrale, ce lieu imaginaire qui permet de prendre des libertés avec le réel ? Une mise en scène d’une pièce étrange et muette dont on ne connaîtra jamais le récit ? Autrement dit, un arrêt sur l’image d’un rêve.