Non, ce n’est pas une invitation à passer Noël en compagnie des rennes de Laponie. Ce que l’on vous propose est de faire une promenade culturelle grâce à la formidable richesse des musées du Nord de la France. Sans prétendre faire le tour complet de toutes ces institutions, ce ne sont là quelques suggestions. On peut débuter le parcours au Musée Matisse du Cateau-Cambrésis, fondé par l’artiste dans sa ville natale. A l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance, l’exposition Devenir Matisse met en lumière les premières années d’apprentissage de l’artiste, les créateurs qu’il a admirés et avec lesquels il a dialogué. La liste est interminable : Rembrandt, Chardin, Goya, dont les dessins ont été exposés il y a longtemps au musée des Beaux-arts de Lille, mais aussi La Tour, Van Gogh, Gauguin, Monet, Rodin, Marquet…Influencé sans doute Matisse, mais comme toujours ce qui compte ce n’est pas le point de départ mais celui de l’arrivée. Il suffit de comparer Fruits et riche vaisselle sur une table, 1640, de Jan Davidsz De Heem, une nature morte flamande classique, à sa transposition par le peintre fauve en 1915. Avec Matisse, les objets restent pratiquement les mêmes, mais le langage est celui de la modernité. Puis, à La Piscine, ce magnifique espace situé à Roubaix, c’est la Traversée de la lumière. Ce titre est donné à des artistes réunis ici, qui font partie de ce que l’on nomme la Seconde École de Paris : Roger Bissière, Jean Bazaine, Elvire Jean, Jean Le Moal, Alfred Manessier et Gustave Singier. Peut-être encore plus que la lumière, ce sont les couleurs vives qui caractérisent leurs œuvres, en majorité abstraites, construites à partir de signes qui empruntent des formes géométriques. L’exposition s’achève sur des œuvres éclatantes de Manessier, « Les Passions » (1986), en quelque sorte une version picturale des nombreux vitraux - une technique qui privilégie la transparence - que l’artiste a réalisés. La Piscine, en outre, réserve au spectateur une découverte, celle de Marie-Pierre Thiébaut (1933-1910), une sculptrice dont la création protéiforme entretient un dialogue intime avec la nature. On l’imagine bien sur une plage, car ses travaux ont l’apparence organique des galets ramassés au bord de la mer. Cette association se prête d’autant plus que les œuvres de Thiébaut sont davantage des reliefs que des volumes. Dépouillées, ces formes ne cherchent pas la dimension verticale mais s’inscrivent dans l’horizontalité. Paysage couché, Grand Paysage, Petit paysage blanc, Petit paysage noir - réalisés dans les années 1980 - sont quelques-unes des pièces dont la grâce échappe au décoratif. Non loin de Roubaix, au MUba Eugène Leroy de Tourcoing, un artiste un peu plus connu : Picasso. Certes, les expositions orchestrées en France et en Navarre par le musée éponyme, ont pu épuiser la patience de tout admirateur du maître espagnol. La manifestation de Tourcoing, tout en étant modeste, a le mérite de montrer, et cela avec beaucoup de précision, le travail de Picasso en tant qu’illustrateur. Certes, on aurait aimé y voir de plus nombreux tableaux, mais l’ensemble est présenté intelligemment et accompagné d’un beau catalogue. Après un peintre universel, terminons sur une vision cosmique. C’est le thème et le titre de l’exposition COSMOS, Silence, on tourne ! montée par ce lieu de l’art contemporain qu’est le LAAC, Lieu d’Art et d’Action Contemporaine de Dunkerque. Laissons aux organisateurs le privilège de la présentation. « À travers une sélection d’une centaine d’œuvres datant de 1945 à nos jours… l’artiste apparaitra comme un traducteur privilégié de notre élan de conquête, tantôt prophète et visionnaire, tantôt demiurge, tantôt démystificateur, porte-voix de ce que l’espace dit de notre humanité́, prise entre ombre et lumière ». Autrement dit, on nous montre la lune.
Itzhak Goldberg