Le beau titre, « Plus de lumière », est paradoxal. Comment, en effet, parler de lumière quand la tonalité omniprésente de l’exposition est le noir profond. Mais, il faut probablement faire la distinction entre lumière et luminosité ; c’est plutôt de la dernière qu’il s’agit ici, obtenue par des effets de contraste entre la matière, celle du charbon de bois, et le blanc du fond des oeuvres. Charbon de bois, décliné sous toutes les formes, de la plus brute à la plus raffinée. Selon l’artiste, cette matière le rattache à ses origines, car d’après la tradition coréenne, non seulement le charbon de bois est déposé dans les fondations d’une maison mais encore on le suspend sur une porte pour annoncer la naissance d’un enfant. Enfin, la vidéo située à l’entrée, « La maison de la lune brûlée », montre le feu qui consume une maison en bois ou en foin, allumé volontairement par les habitants, dans le cadre d’un rituel important en Corée. A la Fondation, tout commence par un ensemble de 33 dessins, rarement exposés, qui figurent des kakis, fruits qui poussent dans la région natale de l’artiste. Ici, desséchés et rétrécis, d’une précision clinique, ils sont à l’instar des études anatomiques de corps qui se dégradent. (Cheongdo, Kaki séché, 2000). En face, sur une toile, l’artiste réalise un collage dense et serré en copeaux de bois de charbon. Les segments, poncés, lissés et inclinés, absorbent ou reflètent la lumière, formant ainsi une mosaïque mouvementée et vibrante de mille tonalités (Issus de feu, 2000). Ailleurs, d’autres tableaux sont composés avec, et dans, la matière. Des « réserves » blanches alternent avec des rectangles noirs de taille importante. Abstraction géométrique ? Sans doute. Mais une abstraction tactile, inspirée de Arte Povera, car ce sont des tranches épaisses de bois brûlé, qui se substituent à la peinture. Travaillées par l’artiste, malgré la sensation de la planéité, elles gardent néanmoins une « peau » plus ou moins accidentée. Ces reliefs qui ne disent pas leur nom s’adressent autant au toucher qu’au visible, autant au doigt qu’à l’œil. Moins convaincants sont les grands dessins qui suivent, des gestes minutieusement contrôlés, dénués de spontanéité. Puis, l’œuvre de Lee Bae se déploie dans l’espace. Chez Maeght, plusieurs amas de rondins carbonisés et emmaillotés sont des archi-sculptures imposantes qui ponctuent le parcours de la manifestation. Parcours qui n’est pas chronologique mais plutôt guidé par un dialogue entre les œuvres. La réussite de cet échange n’est pas étrangère à la complicité entre l’artiste et le commissaire de l’exposition, Henri-François Debailleux, collaborateur de JDA. Elle trouve sa meilleure expression avec les installations réalisées in situ ou conçues pour l’espace de la Fondation. L’une est placée dans une salle où le jour pénètre à travers un vitrail de Miro. Dispersés sur une estrade, les troncs d’arbres irréguliers, attachés par des fils élastiques, sont baignés d’une lumière bleue tamisée. Une forêt féerique, une nature métamorphosée en un paysage étrange ? (Paysage, 2008). Une autre installation, située dans une salle de grande dimension, clôt l’exposition. Ici, plutôt que des arbres, ce sont des poutres de bois de la même hauteur, serrées les unes contre les autres. Le tout se transforme en un plateau posé sur la terre battue, aux allures d’autel pour une cérémonie inconnue, inventée par Lee Bae. (Paysage, 1997). Au fond, un dernier tableau noir, fait office d’icône sévère. Rien d’étonnant, venant d’un artiste qui déclare : « La Fondation me fait penser à un monastère ».
Itzhak Goldberg