C’est une histoire de chemin de fer. On s’endormait, on s’éveillait, on ne savait pas si c’était Copenhague, Bruxelles ou Amsterdam (Dotremont). Le nom du mouvement européen le plus important de l’après-guerre, Cobra, est formé à partir de l’initiale des capitales des trois pays d’où viennent ses fondateurs. L’exposition du musée moderne de Liége, réouvert à cette occasion, commémore, au moment où l’Europe politique en est à ses balbutiements, la naissance, à la fin des années quarante, d’une Europe artistique. Peu connu en France, le groupe se forme pourtant à Paris en 1948. C’est dans un petit café derrière Notre-Dame que les Belges Dotremont et Noiret, le Danois Asger Jorn, les Hollandais Appel, Constant et Corneille, qui se définissent comme “artistes expérimentaux “ et internationalistes, rédigent le manifeste du mouvement. La peinture de Cobra privilégie les lignes serpentines, retrouve le plaisir de la matière et des éclats de couleur. Marqués par l’esprit surréaliste, les peintres et les poètes collaborent pour créer des “peintures-mots”. Le mouvement puise également ses sources dans l’art primitif et populaire (mythologie scandinave). Le bestiaire fantastique, la profusion des visages et des masques créent un effet à la fois inquiétant et fascinant. En 1951, Alechinsky, l’un des derniers arrivés, déclare la dissolution du groupe. On s’est croisé puis chacun a continué son chemin. Un groupe qui durerait trop longtemps détruirait la force créatrice de ses membres. (Appel)