Il ne reste que lui de toutes les figures historiques du Pop-Art. Certes, contrairement à Warhol, Wesselmann n’a pas fait des portraits de stars américaines. Pourtant, tout autant que les effigies de Marylin, ses images, inspirées par les affiches et les revues populaires, restent de formidables emblèmes de la même société de consommation, une mise à nu des mécanismes exploités par le système publicitaires. Si les clichés proposés par l’artiste gardent encore tout leur impact, c’est que son choix se porte sur deux thèmes universels, : l’anatomie féminine et les objets du quotidien. Dans les années 60 déjà, le peintre, avec une jouissance certaine, allonge sur ses toiles des femmes roses et lascives. Aux contours purs mais schématiques, les corps stéréotypés de ces Grands Nus Américains qui se délaissent dans des “intérieurs de rêve”, gardent un lointain souvenir de Matisse et ses odalisques niçoises. Toutefois, au l’orientalisme de pacotille matissien se substitue “l’occidentalisme” de salles des bains ou chambres à coucher, parfaitement lisses et aseptisées. Les nus, dont les lèvres, les mamelons, le sexe, sont d’autant plus accentués que les visages inexpressifs, sans traits, semblent comme des masques impersonnels. Le décor est composé de toute une panoplie d’articles de toilette, des cosmétiques, des paquets des cigarettes… Parfois, dans un effet de zoom, un fragment, agrandi et isolé, rapproche les parties les plus érotiques du corps des fleurs et des fruits, métaphores des organes sexuels. Pour donner à ces scènes un aspect tactile, Wesselmann transformait certaines de ses toiles en environnements en y introduisant du mobilier réel. Avec les oeuvres plus récentes, le relief, plus modeste, est suggéré par des découpages à partir des supports divers (papier, carton, aluminium, acier). Un dernier hommage à Matisse, maître des papiers découpés ?
Wesselmann miterand
Pop Art et nu féminin
Exposition — Tom Wesselmann, Galerie JGM, 8 bis rue Jacquet Caillot, Paris, Galerie Navara, jusqu'au 18 juillet