« Vous entriez chez Rosenberg comme dans un temple : les profonds fauteuils de cuir, les murs gainés de soie rouge…il savait donner un éclat extraordinaire aux peintres qu’il protégeait.» Le spectateur qui pénètre dans les salles aménagées du Musée Maillol retrouve pratiquement la mise en scène décrite par Maurice Sachs. Les murs de couleur bordeaux ou beige – une petite concession, la peinture remplace la soie - les épais tapis sur le sol, la lumière tamisée, tout cela dégage une atmosphère cosy, celle-là même qui rassurait le collectionneur respectueux empressé ??? lorsqu’il affrontait les audaces d’un Picasso ou d’un Léger. De fait, toute l’intelligence de ce fameux célèbre ?? marchand était de trouver un juste équilibre entre le XIX siècle et les artistes de son époque. Non pas qu’il s’agisse de créateurs inconnus ; la première, toute en séduction, Marie Laurencin, est un peintre mais aussi une figure importante de la bohème et du milieu intellectuel parisien. Mais la véritable « prise » reste Picasso, qui, à partir de 1918, expose à la galerie. Bien plus, pour le garder « sous la main », Rosenberg l’installe dans l’immeuble voisin du sien, 23 rue de la Boétie. Suivront, pour ne mentionner que les plus illustres, Braque en 1924, Léger en 1927 ou encore Masson en 1930. La vedette la plus tardive -1936 - est Matisse qui, pendant longtemps, vendait directement aux collectionneurs. Ce sont ces artistes qui ouvrent l’exposition ; trois splendides Braque, entourés par deux Picasso dont une très étonnante nature morte - Guitare et Compotier, 1924 - où les deux objets fusionnent en un réseau pratiquement abstrait de lignes grattées dans la peinture. Complété par des Masson ou des Léger, l’ensemble est comme le condensé de l’avant-garde parisienne des années vingt. On retrouvera d’ailleurs plus loin le très imposant Grand Déjeuner de Léger, en provenance du MOMA. Puis, à l’étage inférieur, sont accrochés les impressionnistes mais également un Manet, un Gauguin ou un Seurat, des « valeurs sûres » de la peinture. Toutefois, l’exposition, parrainée par Anne Sinclair, la petite fille de Paul Rosenberg, dont le portrait en fillette par Marie Laurencin est comme une mascotte, ne se limite pas à la seule dimension esthétique. L’histoire de cette galerie est emblématique du rapport douloureux, parfois oblitéré, entre l’art et la politique dans la première partie du XXe siècle. A l’aide de panneaux pédagogiques précis et détaillés mais également de documents – des photos ou des couvertures de catalogues – on suit (les soubresauts) le parcours accidenté/ troublé / tourmenté de cette entreprise. Son véritable début est lié à la Première Guerre mondiale qui oblige Kahnweiler, le marchand principal des cubistes - par malheur allemand – de quitter Paris. C’est l’autre Rosenberg, Léonce, qui récupère dans sa galerie « L’Effort moderne » pratiquement tous ceux qui se retrouvent alors sans leur protecteur. Ce n’est qu’après la guerre que les artistes sont séduits par Paul et sa stratégie commerciale d’une efficacité redoutable : de nombreuses expositions accompagnées de publications, des déplacements en province ou encore les efforts entrepris pour s’introduire sur le marché américain. Les affaires florissantes de la galerie dans l’entre-deux-guerres ne font qu’accentuer accroître son déclin pendant l’occupation. Le grand mérite de l’exposition est de restituer le contexte historique et artistique de l’époque en laissant une place importante à la manière dont les fascistes vont le Troisième Reich va massacrer l’art. Dès 1937, Hitler inaugure la première « grande exposition de l’art allemand » à Munich à la Maison de l’Art allemand. En face, le lendemain, une exposition d’ « art dégénéré », sous la responsabilité du ministre de la propagande, Goebbels, ouvre ses portes dans la cour de l’Institut archéologique. Plus de 700 œuvres de l’avant-garde, qui feraient pâlir d’envie tout musée d’art contemporain, sont exposées. L’objectif est de convaincre le visiteur du danger de toute production artistique qui s’écarte des normes désormais officielles de l’art allemand, celles d’un académisme néo-classique célébrant les vertus du nouveau régime. Au musée Maillol sont présentées quelques œuvres qui avaient été exposées lors de cette manifestation (Franz Marc, Kokoschka) et, chose rare, quelque toiles pompeuses, considérées alors comme un art germanique authentique. En 1940 Rosenberg est obligé de fuir Paris – il finira par se réfugier aux Etats-Unis – et malgré ses efforts, une grande partie de son stock est pillé par les nazis, souvent aidés par des collaborateurs. Ironie de l’histoire, le 21 rue de la Boétie fut au temps de l’Occupation le siège de l’Institut d’étude des questions juives, un organe de propagande antisémite. « Ce temple de beauté est devenu celui de l’horreur », écrit Anne Sinclair.

Peux-tu ajouter encore une phrase du genre : L’exposition présente redonne à la galerie Rosenberg l’éclat qui fut le sien ????