Des lignes de force découpent l’espace et délimitent les vides. Structures d’une liberté plastique totale, ou, comme le formule Calder, des objets sculptés dans l’espace pour éviter de raconter des histoires. Sculptures ? Oui, mais avant tout ce sont les œuvres de Ludwika Ogorzelec qui invente des formes inconnues et suggestives, comme les expressions condensées d’une poésie personnelle et universelle. Selon l’artiste, le vide n’existe pas, car il est un support comme un autre pour ses travaux. Ainsi, elle cherche un dialogue permanent, ininterrompu avec les différents endroits que ses travaux occupent. Dans un style inimitable, employant régulièrement comme « matériaux de base » des branches à peine retouchées, tressées, collées ou chevillées ou des tiges en verre, elle n’aborde jamais un nouveau lieu avec une solution toute faite. Chaque fois l’artiste invente des structures qui activent l’espace ; chaque fois, accrochées au plafond par des fils invisibles, des constellations flottantes d’une géométrie irrégulière se tiennent dans un équilibre précaire, formant un décor d’une soutenable légèreté. Traversé par des rideaux semi-transparents, même l’espace le plus banal acquiert une dimension poétique. $$L’artiste évoque le monde de la danse, une source d’inspiration dans ses recherches d’un mouvement à peine perceptible. Mouvement ou plutôt des oscillations délicates, des va-et-vient, des battements silencieux, des “papillonnages” subtils et impalpables, provoqués par les déplacements d’un visiteur ou par l’infime souffle qui traverse la pièce. Conjuguant la précision d’un ingénieur d’inutilité publique à la performance d’un jongleur des vides, ces oeuvres nous font pénétrer dans une sorte de galaxie limpide, dédale poétique à mi-chemin entre une mécanique de haute précision $$et les dérèglements organiques de la nature, entre des phénomènes biologiques cristallisés dans la matière $$$et des signes calligraphiques en provenance d’un abécédaire secret et fantasque.$$ Des installations ? Plutôt des constructions arachnéennes, sous forme triangulaire ou pyramidale, des réseaux suspendus à partir de “ficelles” en bois, reliant tous les points cardinaux d’un espace architectural. Toutefois, de plus en plus souvent, ces œuvres qui ignorent les « frontières » entre le bâti et son environnement, jouent au passe-muraille et se poursuivent en dehors du lieu d’exposition. Parfois encore, les myriades translucides de Ludwika fuient définitivement le milieu urbain, échappent au cadre muséal, se posent délicatement sur un rocher, au bord d’un lac. Dans sa volonté de réinterpréter la nature, l’artiste vise “un phénomène éphémère, issu de deux mondes : celui de la biologie et celui des machines et des instruments”. Une nouvelle version d’un land-art cristallin ou des structures temporaires et vulnérables, des formes fluctuantes, ouvertes à la croissance ? Quoi qu’il en soit, l’artiste est capable d’occuper subtilement l’espace d’une galerie, de la place d’une ville ou d’un coin de nature, tout en affirmant sa singularité.