Arpad Szenes et Jean-Claude Bertrand, jusqu’au 28 mai Musée de l’Abbaye à Saint Claude, 39200. Olivier O. Olivier, jusqu’au 11 juin, Musée Villa Montebello, Trouville

Le printemps est arrivé. Une raison pour quitter Paris et aller à la rencontre des artistes exposés dans des lieux en dehors du circuit habituel. Commençons par une petite brise maritime du côté de Trouville où, au Musée Villa Montebello, se trouve l’œuvre d’Olivier O. Olivier (1931-2011). L’homme fut non seulement Membre du Collège de Pataphysique mais a également participé au groupe Panique dès 1964 avec Arrabal et Topor parmi d’autres. Loufoque ? Sans doute. Tout autre adjectif ne ferait pas justice à cet univers sens dessus dessous. Surréaliste ? L’auteur, c’est certain, n’ignore rien de ce mouvement artistique qui a fait de l’imaginaire, de l’onirique sa raison d’être. Il n’y qu’à lire les titres de ses tableaux, qui n’ont rien à envier à Magritte - Romances muettes. Le Menuet des poux, Le Départ de l’éléphant prodigue ou encore Étude pour le souffleur –, pour s’en rendre compte. Le monde d’Olivier O. Olivier est souvent une arène dans laquelle des événements étranges se déroulent. Ainsi, un pianiste continue stoïquement malgré une vague monstrueuse qui menace de l’engloutir. Ailleurs, un pachyderme énorme non répertorié par les biologistes a échoué à Montparnasse. Ailleurs encore, des tortues forment une tour, à l’instar d’acrobates bien entraînés. Cependant, l’irréel et le poétique chez l’artiste ne se situent pas uniquement dans les métamorphoses qu’il fait subir à ses « acteurs ». Les êtres humains solitaires ou isolés en groupe, semblent réaliser des rituels étranges, participer à des cérémonies incompressibles. Les gestes absurdes sont exécutés avec application, les attitudes figées semblent faire partie d’une chorégraphie incongrue. Manifestement, d’Olivier O. Olivier se permet un grain de folie douce. Mais, déjà Diderot a écrit : « il n’est pas de grand artiste sans un coup de hache sur la tête ». Pratiquement de l’autre côté de la France, au pied des montagnes jurassiennes, le beau Musée de l’Abbaye à Saint Claude met en scène deux créateurs fascinés par le paysage. Le premier, Jean-Claude Bertrand (1928- 1987) est essentiellement un peintre figuratif, même s’il prend des libertés avec ses représentations de la nature. Jamais descriptifs, ses montagnes, ses bords de mer ou ses arbres, stylisés, transformés en taches ou en hachures, semblent être en mouvement. L’autre artiste, Arpad Szenes, (1897-1985), peintre hongrois et cosmopolite, est plus que Monsieur Vieira da Silva, l’artiste brésilienne qu’il a épousée en 1929. Faisant partie, avec Bazaine ou Manessier, de l’école de Paris, il évolue vers une forme d’abstraction qui suggère plus qu’elle ne montre. Ses compositions forment des espaces sans profondeur, traversés par des configurations d’une géométrie personnelle et fragile. Dominées par des ocres et des blancs en demi-tons, ces toiles où tout reste évanescent, insaisissable, sont, peut-on dire, des paysages de chuchotements. Il faut toutefois profiter de cette visite pour parcourir l’importante collection de peintures et de dessins de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1980 (Bonnard, Dufy..) ou les vestiges archéologiques de l’abbaye
de Saint-Claude. Puis, installez-vous sur la terrasse du musée pour admirer longuement le splendide paysage environnant et méditer la phrase d’Oscar Wilde qui affirme que « la nature imite l’art ». Pas si sûr.