France /Mexique – dialogue ou monologue ?

Le titre Los Modernos rappelle qu’avant de se poser à Lyon, l’exposition a été inaugurée à Mexique avec un succès retentissant. Pas très étonnant, vu les artistes choisis – Picasso, Matisse, Bonnard, Léger, Braque….. On les retrouve ici en compagnie de quelques vedettes mexicaines, les muralistes David Alfaro Siqueiros, José Clemente Orozco et Diego Rivera ou l’inévitable martyre de l’art, Frida Kahlo – étrangement élue comme icône féministe. Plus important, on découvre des créateurs moins connus en dehors de leur pays : Maria Izquierdo et ses personnages hiératiques (Ma tante, un petit ami et moi, 1942), les formidables marionnettes de Ramon Alva de Canal ou les masques bariolés de German Cueto. Toutefois, le sous-titre de la manifestation, Dialogues France Mexique, pose problème. De fait, malgré l’affirmation de Sylvie Ramond, la directrice du musée : “le Mexique fascinait les avant-gardes européennes”, l’échange artistique, au moins pendant les premières décennies du XXe siècle, se fait presque toujours dans l’autre sens. En toute logique, car il s’agit d’un rapport déséquilibré entre centre et périphérie. Il suffit de constater l’importance du cubisme qui se développe en France, ce passage quasi - obligatoire pour compter dans l’avant-garde. Un exemple : Diego Rivera, qui s’installe à Paris en 1911, est rapidement séduit par cette manière d’éclater les formes et l’espace (Plaza de toros de Madrid, 1915). Cependant, le premier chapitre, nommé Modernités, se caractérise par son éclectisme et par un modernisme  soft. Certes, au paysage d’Emilie Charmy, aux accents fauves, répondent – dix ans plus tard - les collines stylisées de Ramon Alva de Canal (Paysage corse, 1910, Les Collines de Guerrero, 1920). On reste plus dubitatif face aux nus néo- classiques, voire académiques de Manuel Rodriguez Lozano ou de Francisco Zuniga. Tout laisse à penser que le décalage entre ce que l’histoire de l’art considère comme « progrès » et la production des créateurs mexicains est dû au fait que chez ces derniers, l’esthétique et le politique restent inséparables. A l’heure où les avant-gardes sont à la recherche d’un langage universel, leurs œuvres sont souvent nourries par des références identitaires. Nettement plus intéressante sont la section photographique - surtout Manuel Alvarez Bravo - et celle consacrée au surréalisme. Le mythe de l’exotisme mexicain, la fascination pour l’art précolombien, le tout réactivé par le voyage légendaire d’Antonin Artaud, les séjours d’André Breton et Benjamin Péret, font de cette terre le « Miroir magnétique du surréalisme » (Octavio Paz). A l’imagination artistique qui s’enflamme s’ajoute également une raison pratique : ce pays reste l’un de ceux où les créateurs peuvent se réfugier pendant la guerre. Curieusement, l’artiste le plus étonnant ici, Wolfgang Paalen, n’est pas français mais autrichien. Du côté mexicain, les toiles visionnaires de Maria Izquierdo représentent le mieux le réalisme magique, tendance qui se développe dans le champ latino-américain. Manifestement, quand les temps sont durs, la réalité cède la place à l’imaginaire.

Itzhak Goldberg

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