Kandinsky, Marc et le Blaue Reiter, jusqu’au 22 janvier 2017, Fondation Beyeler, Bâle,
Blaue Reiter ? Cette désignation – Cavalier Bleu - plus énigmatique que la série des “ismes” français, pose davantage de problèmes qu’elle n’apporte de réponses car elle ne peut être résumé par une définition restreinte. A-t-on affaire à un groupe d’artistes, avec un noyau fixe, qui attire à lui les différents représentants de l’avant-garde européenne chaque fois qu’il expose en Allemagne entre 1911 et 1913 ? S’agit-il d’un mouvement qui fait partie de l’expressionnisme allemand ? Evoque-t-on plutôt par ce terme le fameux Almanach, recueil d’essais produits par des peintres et des musiciens qui s’intéressent à la création des enfants et des aliénés, aux arts naïfs et au folklore dont la vocation est d’offrir un panorama international des arts? Quoi qu’il en soit, l’histoire de l’art du XXème siècle, qui s’identifie pour une bonne part à l’histoire de certains groupes-phares du début du siècle, a contribué à donner du Blaue Reiter une image mythique, image qui se maintient jusqu’à nos jours. Pourtant, il n’exista jamais une véritable unité entre les différents artistes qui participèrent aux manifestations organisées sous l’enseigne du Cavalier Bleu. La géométrie variable et ouverte du groupe, la richesse des tendances stylistiques qu’on y trouve, expliquent à la fois son caractère insaisissable et son impact extraordinaire. Un bref éclaircissement sur l’étrange appellation de ce météore artistique. S’agit-il d’un emprunt au titre d’un tableau de Kandinsky de 1903, Le cavalier bleu? Ou, et c’est la version de Kandinsky lui-même, on est face à une trouvaille linguistique, sorte de condensation issue de l’imaginaire des deux fondateurs du groupe : “Nous avons trouvé le nom Der Blaue Reiter en prenant le café sous une tonnelle de Sindelsdorf (le quartier bohème de Munich) ; nous aimions tous les deux le bleu, Marc aimait les chevaux, moi les cavaliers. Le nom est venu ainsi de lui-même ». Les deux termes, cavalier et bleu, s’inscrivent parfaitement dans la symbolique romantique et sont probablement le premier indice de l’importance de la spiritualité chez Kandinsky et Marc. Ces deux artistes, les fondateurs du groupe, se trouvent au cœur de l’exposition de la Fondation. Une salle est entièrement consacrée à Franz Marc, avec plusieurs tableaux iconiques. Cheval dans le paysage (191O) et Les grands chevaux bleus, 1911 sont deux exemples magnifiques de l’empathie entre le peintre et son animal fétiche. Suivent les œuvres de Kandinsky dont le travail touche à l’abstraction (Improvisation13, 1910) mais où l’on devine encore des figures. Ailleurs, dans une salle un peu à l’écart, sont réunis les nombreux documents et œuvres qui ont été choisis pour illustrer l’Almanach, initialement prévu comme le catalogue pour l’exposition inaugurale de 1911 du Blaue Reiter à Munich. Kandinsky et Marc insistent sur le lien qui existe entre l’exposition et la publication et retiennent pour cette manifestation le nom de ” Rédaction de l’Almanach du Blaue Reiter”. « Dans le catalogue de notre exposition, nous avons expliqué que celle-ci n’avait pas pour but de préconiser une tendance particulière, mais avait pour principe la diversité des expressions artistiques » écrivent les deux artistes. Le Blaue Reiter s’inscrit rapidement sur le plan international, avec une ouverture exceptionnelle à la pensée européenne, dont l’axe principal, selon eux, relie Munich à Paris. Ainsi, en toute logique, la liste des exposants (quatorze peintres avec quarante-trois tableaux en tout) fait apparaître les plus grandes tendances de l’art contemporain. Certains parmi eux, sont exposés ici : Macke, Jawlensky mais aussi le compositeur Schönberg qui pratique une peinture expressionniste. Jusqu’en 1913Blaue Reiter organise de nombreuses manifestations qui se déplacent en Allemagne mais aussi un peu partout en Europe. La guerre interrompt cette évolution extraordinaire de l’art international. Kandinsky, Jawlensky et Werefkin sont obligés de quitter l’Allemagne en urgence, situation qui met fin aux activités du Blaue Reiter. Le projet d’un second Almanach est alors abandonné.. En 1914 Klee constate amèrement : « Le cercle international s’est désintégré dans toutes les directions »
Itzhak Goldberg