C’est une certitude, Univer n’est pas une galerie d’art. Les choses vont mal dès l’entrée, quand les gens qui y travaillent, Collette en tête, ne sont pas rivés à leur écran d’ordinateur mais vont vers vous pour vous accueillir. Les choses s’empirent même quand on vous parle des œuvres accrochées aux murs sans immédiatement annoncer leurs prix. Les visiteurs, eux, se conduisent également de façon bizarre. Ils s’arrêtent, s’assoient parfois autour de la grande table qui se trouve au fond ou boivent un verre dans le joli jardin attenant. Souvent, les artistes passent simplement pour dire bonjour ou discuter un peu (ou même râler). Ce n’est pas une galerie car elle n’a pas, comme on dit, une ligne cohérente, comme s’il existait une obligation d’exposer des créateurs qui pratiquent exclusivement soit l’abstraction géométrique soit l’expressionnisme ou encore l’art conceptuel pour ne citer qu’eux. Comme si les artistes étaient enfermés une fois pour toutes dans un seul style. Comme s’il fallait se donner nécessairement un signe de reconnaissance, un sigle, sans doute utile pour le commerce. Il y a quelques années, un ami, le rédacteur en chef d’une importante revue artistique, à la fin de sa première visite à Univer, s’est tournée vers moi et, légèrement embarrassé, m’a fait discrètement la remarque : « Tu comprends Itzhak, c’est très bien mais on a l’impression que c’est plus un centre d’art cool  qu’une galerie d’art ». Je doute qu’on puisse faire un plus grand compliment à quelqu’un qui a voulu créer un endroit où, certes on cherche à vendre, mais aussi à encourager des rencontres, entre les artistes, les œuvres et le public. Le succès de cette galerie, car oui malgré tout il s’agit d’une galerie, est dû à la personnalité de Collette et son sourire mais aussi aux efforts d’Erick, de Benoît, de Panida et tous celles et ceux qui ont participé à cette entreprise. Ils ont réussi à créer de toutes pièces non seulement une galerie mais aussi un lieu.