Frou-frou à Evian Le Palais Lumière propose l’œuvre d’Albert Besnard, peintre oublié de la Belle Epoque. Une manifestation qui a autant plus ???!!!!un intérêt sociologique qu’artistique.

L’opération de réhabilitation est exemplaire. Sous la houlette de l’inoxydable Pierre Rosenberg ah ah ah j’ai compris !!!, président-directeur honoraire du musée du Louvre, une association « Le temps d’Albert Besnard », réunissant des chercheurs et des collectionneurs, a été fondée. C’est principalement à eux que l’on doit la rétrospective du peintre à Evian. Le but affiché est «  de réexaminer aujourd’hui ce parcours artistique plus singulier qu’il n’a l’air, de Rome jusqu’aux rives du Gange ». Le choix d’Evian s’explique par le fait que Besnard avait une villa dans les environs (à côté de Talloires) et par la grande toile qu’il a réalisée pour (de la source si le tableau représente la source ???) la source Cachat, restaurée et exposée ici. Un premier constat : l’exposition, bien accrochée, permet une vision complète de l’œuvre de cet artiste. Sur les murs du Palais Lumière d’Evian, cet écrin parfait pour une reconstitution de la Belle Epoque, défilent les élégantes avec leurs toilettes somptueuses, séduction et kitsch garantis. Non pas que les hommes soient absents ; le portrait de Camille Barrère (1906) ambassadeur de France à Rome ou celui de Francis Magnard, journaliste au Figaro (1884) dégagent l’assurance que leur confère leur rang social. Des personnages respectables, faisant partie de l’univers auquel appartient également Albert Besnard, ce peintre vénérable de la IIIe République. Mais, on le sait, les messieurs avec leurs habits noirs (ou gris) sont des sujets plutôt ternes qui rendent difficile, selon la formule du critique Camille Mauclair, une « interprétation décorative ». Le mot est lâché ; l’ensemble de l’œuvre de Besnard a un trait commun : décoration. Dans tous les sens du terme, car une partie de la gloire de Besnard est attachée aux grands décors qu’il a réalisés : le plafond du Salon des Sciences de l’Hôtel de Ville de Paris, le plafond de la Comédie-Française, la coupole du Petit Palais… Cette impressionnante liste des commandes qu’on lui a confiées donne toute la mesure de la notoriété dont jouissait Besnard mais explique son éclipse. Il faut croire que l’œuvre, en adéquation presque trop parfaite avec son époque, franchit difficilement le temps et supporte mal l’évolution du goût. Rien d’étonnant, car il est quasiment impossible d’avoir un parcours plus normatif, plus formaté que celui de Besnard. Fils d’un peintre - qui fut l’élève d’Ingres -, Albert fréquente à son tour l’atelier de Cabanel. Comme il se doit, il est lauréat du prix de Rome, ville où il fréquente la haute société – ses futurs clients. Puis, après un passage à Paris, il part pour trois ans en Angleterre. Il y fréquente les préraphaélites et le peintre- graveur Alphonse Legros. Dans ce pays, où le portrait est le genre privilégié, Besnard a sans doute l’occasion d’admirer ceux de Reynolds et Gainsborough, leçon bien retenue pour un artiste qui va pratiquer le portrait mondain toute sa vie. A son retour en France, sa carrière décolle définitivement. Il a même droit à un scandale retentissant avec une toile exposée en Salon de 1886, qui représente Mme Jourdain. Selon Octave Mirbeau, témoin de cette épisode : « La foule ricane…on voit des ahurissements prodigieux figer dans l’immobilité les regards des jeunes visiteuses et des promeneurs élégants ». C’est peut-être une œuvre de ce type qui rend problématique le titre de l’exposition d’Evian, Modernités Belle Epoque. De fait, le spectateur de nos jours a du mal à comprendre en quoi cette œuvre, réalisée une décennie après l’avènement des impressionnistes, a pu choquer. Si l’on constate que la lumière jaune qui éclaire le visage modifie légèrement la couleur de la chair, le rendu virtuose de la robe en satin, la pose du personnage, le traitement de l’espace sont habiles tout en restant classiques. Il est à croire que si ce tableau a choqué les contemporains de Besnard, c’est par l’écart qu’il a creusé par rapport aux autres représentations du même type. En d’autres termes, cette œuvre, d’une modernité superficielle, qui épate et distrait, fonctionne comme le champagne – ou l’eau d’Evian : agréable à boire, elle vaut surtout pour les bulles et donc cela valait bien le voyage !!!. Terminons sur la partie cachée ou, pour employer le beau titre de Marianne Grivel, sur la part d’ombre de Besnard : la gravure. Avec ces eaux-fortes de petite dimension, il faut se pencher pour découvrir un monde intime dans lequel la mort et l’angoisse rodent. Deux Albert Besnard qui cohabitent ou une forme méconnue de schizophrénie artistique ?

ALBERT BESNARD, jusqu’au 2 octobre, Palais Lumière, Rue de la Source de Clermont, 74500 Évian-les-Bains, tél: 04 50 83 15 90, mardi-dimanche 10-19h, lundi 14-19h, cat éd Smogy, 304 p, 39 E, en. 10 E.

Commissaires : William Saadé, Marianne Grivel, Chantal Beauvalot 200 oeuvres