L’exposition examine une question simple mais fondamentale : le rapport de l’œuvre à l’espace
« L’exposition joue avec les frontières disciplinaires, esthétiques, poétiques pour mettre en exergue les grands créateurs d’espaces de la collection ». Diantre, Olivier Kaeppelin, le directeur de la Fondation Maeght, n’a pas peur des mots. Un projet ambitieux mais risqué, tant la notion d’espace est vaste autant au sens propre qu’au figuré. Le résultat est une réussite, car clairement il ne s’agit pas de proposer le best off de la collection, mais d’une volonté de présenter les différentes manières dont les artistes se situent dans et face à l’espace. A l’entrée, Le Turban, une œuvre tardive de Calder (1969) est une spirale aux couleurs pimpantes qui se déploie sur la surface dans un mouvement qui semble s’accélérer. Rythme qu’on retrouve dans le premier chapitre de la manifestation, avec l’espace disloqué « inventé » par les cubistes (quatre gravures de Braque). Ce principe de la discontinuité et de l’éclatement caractéristique de la modernité va être décliné ici tout au long du parcours, aussi bien avec les pliures de Hantaï, les espaces décalés d’Arroyo ou les signes essaimés sur la surface de Jan Voss. Toutefois, on peut prendre un trajet différent en partant du tableau de Damien Cabanes, tout en légèreté (Laura et Samuel endormis, 2004). Les deux enfants allongés qui flottent sur un fond blanc, rappellent que c’est avant tout avec le corps qu’on expérimente l’espace. Choix d’autant plus évident quand on possède non seulement les sculptures de Giacometti qui « marchent » dans la cour de la Fondation mais aussi de merveilleux dessins de l’artiste suisse. Dans cette section, on croise un des beaux athlètes de Vladimir Velickovic, qui fuit sans raison précise ou quelques magnifiques stèles anthropomorphiques de Raoul Ubac, qui laissent deviner un torse, une jambe ou une tête (Stèles, 1977). Au fond de la salle, un fusain délicat de Tal-Coat, réalisé quelques mois avant sa mort, présente une figure qui recule, aux chairs évanescentes, proche et pourtant, sur le point de disparaître (Etude de nu, 1955). Inévitablement, avec une tentative d’établir une typologie cohérente, voire précise, on court le danger de former des ensembles tantôt trop rigides, tantôt trop vagues qui ne résistent pas à la pression des œuvres. La veine poétique du maître des lieux fait pencher la balance plutôt du côté de la métaphore. Choix qui rend parfois compliquée la compréhension d’un chapitre comme Espace Réversible - malgré les escaliers en colimaçon de Sam Szafran ou l’astucieuse anamorphose d’Erik Dietman. Par contre, l’appellation Transparence, permet de réunir des travaux qui « filtrent » le regard qui traverse l’espace. Ainsi, pêle-mêle, la peinture-tressage de François Rouan, les papiers incisés comme par des stries de Jean Degottex ou encore un formidable réseau de lignes qui recouvre la toile tout en la laissant respirer de l’artiste hongrois François Fiedler. Deux œuvres résument parfaitement la dialectique entre l’œuvre et l’espace : celle de Jean-Pierre Pincemin (Sans titre, 1976) un « mur » opaque impressionnant, recouvert de couleurs sourdes et la sculpture abstraite en bronze de Barbara Hepworth (Figure, Walnut, 1975) qui a incorporé le vide dans son cœur, en en faisant une matière indispensable de sa démarche. Mais, c’est déjà Braque qui a dit : « le vase donne une forme au vide ».
Itzhak Goldberg
ESPACE, ESPACES, Fondation Maeght, 06570 St Paul, tél. 04 93 32 81 63, www.fondation-maeght.com, tlj 10-19. Ent 15€
Commissaire : Olivier Kaeppelin 150 oeuvres