A partir de sa collection, mais aussi à l’aide de prêts importants, ce sont des représentations du corps que le LAAC met en scène. Aux antipodes du héros classique caractérisé par un corps ferme, ceux qui sont exposés à Dunkerque se refusent à toute idéalisation. Qui plus est, les libertés plastiques prises par les artistes rompent tout lien avec l’exactitude anatomique (Zoran Music, Fautrier). Cependant, le corps peut être stylisé à l’extrême : notre habitude mentale de chercher des formes humaines dans toute représentation nous permet d’en percevoir toujours la configuration. Un fragment, un détail, un contour suggestif suffisent à l’imagination qui supplée aux parties manquantes. On le sait, la chair humaine ne devient jamais simplement la chair de la peinture.
Everybody, jusqu’au 18 septembre, LAAC-Musée de Dunkerque,
Traces fiévreuses
A 18 km de Carcassonne, dans une ancienne coopérative viticole, se déploie la collection Cérès-Franco, riche de 1500 œuvres. Cet été, avec La Peau et les Mots, elle présente Michel Macréau (1935-1995) et Stani Nitkowski(1949-2001). Qu’ils appartiennent ou non à l’Art brut, ils font désormais partie de la face cachée de l’art contemporain. Ces deux créateurs, qui ont en commun une sensibilité à fleur de peau, font appel aussi bien à un dessin tourmenté qu’à une écriture dispersée sur la surface de leurs toiles. Proches des graffitis, ces traces sur papier ou sur des supports de fortune exhibent sans distinction aucune des organes épars. De fait, on y retrouve un sentiment d’urgence comme si la pensée et la main se bousculaient sans cesse afin de traduire la révolte d’un corps et d’un esprit. Enfin, les lettres et l’image se confondent pour produire une parole singulière qui ne désigne pas mais qui suggère.