Fauve ou proche du fauvisme, l’œuvre de Manguin trouve une place naturelle chez son ami Bonnard.

Dans son introduction du très fouillé catalogue, Véronique Serrano, la directrice du musée, cite Charles Terrasse, le neveu de Bonnard, qui écrit : « rouges, violets, bleus sombres, verts émeraude, jaunes d’or, couleurs puissantes qui resplendissez dans les peintures de Manguin, on voudrait connaître l’ordre secret qui préside à vos unions ». Et, ajoute-t-elle : « Manguin est avec Matisse et Derain, l’un des principaux acteurs du fauvisme ». Il n’est pas certain que cette conclusion s’accorde vraiment avec l’éloge amplement mérité fait par Terrasse. De fait, si les couleurs du peintre sont effectivement puissantes, elles ne sont que rarement dissonantes comme chez les fauves. Dans ce sens, exposer l’artiste dans le lieu dédié à Bonnard, dont on connaît la maîtrise chromatique, est d’une parfaite logique. Logique également le choix de montrer uniquement la meilleure partie de la production picturale de Manguin, qui se situe entre 1900 et 1914 (il s’éteint en 1949). Le parcours chronologique, l’accrochage simple et clair, permettent de constater que les premières œuvres remarquables sont inspirées par la technique nabis. Ainsi, avec Jeanne cousant, 1902, tout est figé, toute activité est comme suspendue. Les formes sont simplifiées à l’extrême et aplaties, les couleurs semblent se dissoudre sur un fond vaporisé. Le sujet est anodin mais le peintre arrive à transfigurer le banal ; la poésie apparaît là où la narration s’absente. Si Jeanne se coiffant (1899) est réalisée selon les mêmes principes, on reste frustré quand Manguin s’attaque au même sujet quelques années plus tard (La Coiffure, 1904-1905). Curieusement, quand le peintre traite la figure humaine et plus particulièrement le nu, le résultat est presque maladroit. Par contre, ses paysages dégagent un charme incontestable. Si l’on peut rapprocher l’œuvre de Manguin des fauves c’est par le biais de ce thème qu’il partage avec Matisse, Derain ou Vlaminck. Des paysages où, ports et bords de mer jouent un rôle privilégié, témoignage de nombreux séjours de ces artistes dans le sud. Le Golfe de Saint-Tropez (1907) qui était à cette période un simple village de pêcheurs, se transforme en un paradis situé aux bords de la Méditerranée. La gamme chromatique d’une luminosité éclatante en fait une œuvre séduisante qui fait écrire à Apollinaire : «  si l’on ne trouve pas ici une originalité qui surprend, on trouve, du moins, un talent très cultivé qui veut plaire et qui plaît ». Ailleurs, L’Amandier en fleurs, de la même année, est comme un jardin clos paisible, à l’écart du monde. Parfois, quand le paysage est plus sobre et se résume à des troncs d’arbres dénués de feuilles, le contraste entre les couleurs est plus appuyé, comme chez Derain (Les Petites Chênes lièges et La Pinède à Cavalière de 1906). Alors, nabis, pré-fauve, fauve Manguin ? Visiblement, il est difficile de le placer dans une des cases inventées par l’histoire de l’art. Mais, est-ce l’essentiel ? Itzhak Goldberg

MANGUIN LEXALTATION DE LA COULEUR, jusqu’au 31 octobre, Musée Bonnard, 16 boulevard Sadi Carnot, 06110 LE CANNET, tél 04.93.94.06.06, wwwmuseebonnard.fr, mardi-dimanche 10h-18h, en,5 E, cat. éd Silvana, 216, 33 E Commissaire : Véronique Serrano Œuvres : 70