Il fallait bien vivre. Schwitters, la terreur de la bonne société d’Hanovre, crée en 1924 un bureau de publicité, au titre de “Merz” bien sûr, une entreprise dont le personnel se limitait à une seule personne, celle du fondateur. Le succès ne tarde pas à venir et il devient le responsable de l’image de marque de plusieurs sociétés allemandes importantes, dont Pelikan et Bahlsen. Pire, en 1929 l’artiste est nommé Conseiller pour la typographie et l’affichage de la Ville de Hanovre. Ainsi, comme le remarque Werner Heine, l’artiste turbulent se voit confier une tâche dans l’administration de la ville, celle de donner une spécificité homogène et un aspect original aux formulaires officiels municipaux à vocation utilitaire. Schwitters, comme d’autres artistes contemporains (Lissitzky, van Doeusburg) considère la typographie non pas uniquement comme la meilleure façon de rendre le contenu d’un texte mais comme un art à part entier. Il adapte rapidement un style constructiviste (contours noirs et précis, formes ramassées) et refuse l’emploi de la lettre gothique traditionnelle, trop décorative à ses yeux. Dans ses affiches publicitaires ou ses imprimés le souci d’efficacité se conjugue souvent avec un brin de fantaisie comme sa façon d’éparpiller les lettres sur toute la surface de la feuille. Même dans cette tâche fonctionnelle Schwitters garde un principe sacré : faites autrement ce que les autres ont fait.